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Dictionnaire Étymologique Occitan
Robert
A.Geuljans ©
HISTOIRES de MOTS OCCITANS
Sans
câpres pas de tapenade!

Cette
préparation traditionnelle servie en hors d'œuvre est aujourd’hui à la mode.
On la retrouve de plus en plus souvent sur le buffet des réceptions, des plus
simples aux plus mondaines.
La tapenade se présente sous la forme d'une pâte à base
d'olives noires dénoyautées (500g), de filets d'anchois dessalés (250 g),
de thon au naturel (250 g), de câpres (50 g) et d'une bonne cuillerée de moutarde.
Le tout est pilé dans un mortier, tamisé,
arrosé d'une bonne rasade d'huile d'olive vierge, salé, poivré et malaxé à nouveau de
façon à obtenir un mélange crémeux auquel on peut rajouter un doigt de cognac.
La tapenade, est servie sur
des petites tranches de pain grillé.
Le mot tapenade est dérivé
de l’occitan tàpera « câpre ». Le câprier est un arbuste épineux du bassin méditerranéen originaire de l’Orient.
Il semble que les Romains s’en servaient déjà, puisqu’ils ont emprunté le mot capparis au grec. Mais l’utilisation
des câpres comme condiment a dû se perdre au début du moyen âge puisqu’on ne retrouve
le mot dans sa forme indigène dans
aucune des langues romanes (en français cela aurait dû donner quelque chose
comme
* chapre ).
Les premières attestations en français
du mot caspre datent du XVe
siècle, emprunté à l’italien : cappari.
La graphie hésite entre caspe,
caspre et enfin câpre depuis la fin du XVIIe siècle. Dans la péninsule ibérique
ce sont les Arabes qui ont réintroduit la câpre : en espagnol et en portugais
alcaparra est issu de l’arabe kabbar qui vient
également du grec. Presque toutes les langues européennes ont un représentant
du mot grec pour désigner les câpres, par exemple allemand Kapern,
néerlandais kapper ou le diminutif kappertjes, estonien torkay
kappar etc.
Mais
il y a une exception : en occitan nous avons une forme tàpena avec
un t– au lieu du c–
initial ce qui n’est pas expliqué. On la trouve déjà en ancien provençal tapera
et en provençal moderne tapeno ou languedocien tàpero.
Larousse 1874 donne fr. tapène comme mot du Midi pour
« câpres ». La forme avec t– initial se retrouve dans l’Italie
du nord, piemontais : tapari, à
Gênes : tapani, à Menton : tapanu, en
corse : tappanu, et en catalan : tapara ou tapera.
Le fait que cette forme est propre à la région
méditerranéenne, c’est-à-dire la région où cette plante est naturelle, et le fait que ce mot ne se retrouve
dans aucune autre langue romane, suggère que la forme tapera nous provient d’une langue pré-romane comme
le ligure, une langue italo-celtique d’un peuple installé autour de la Méditerranée
et dont nous avons gardé quelques mots comme calanque et surtout
des noms de lieux qui se terminent par un suffixe en –oscu , -ascu ou
–uscu, comme Flayosc (83) Aubignosc (04)
Venasque ( ), Greasque (13), Blausasc (06).
L’accent circonflexe de câpre n’a aucune raison d’être. Peut-être un scribe médiéval a rapproché câpre de l’adjectif âpre où l’accent circonflexe représente à juste titre le s du latin asper. Une idée pour la prochaine réforme d’orthographe?
Un visiteur m'envoie un mail et suggère une étymologie vraiment méditerrannéenne qui va jusqu'en Egypte. Je dois avouer mon ignorance totale des langues sémitiques, mais pour ceux qui s'y intéressent je joins ci-dessous son message:
Mons. Geuljans
Je voudrais vous proposer une nouvelle interpretation étymologique pour tàpena câpre. Vous avez écrit : Le fait que cette forme est propre à la région méditerranéenne, cest-à-dire la région où cette plante est naturelle, et le fait que ce mot ne se retrouve dans aucune autre langue romane, suggère que la forme tapera nous provient dune langue pré-romane comme le ligure, une langue italo-celtique dun peuple installé autour de la Méditerranée. Sans doute une hypothèse raisonable, un mot emprunté à une langue de substrat, pour expliquer la difficulté du t- initial, si la derivation était du latin capparis, emprunté, à son tour, au grec kapparis. Peut-être, jai trouvé une explication pour ce t- initial, qui nous oriente vers lautre côté de la Méditerranée. Il sagit du mot Akkadien/Assyrien tappinnu(m). Daprès le Professeur Massimiliano Franci, que jai contacté, auteur de larticle quon peut voir à ce lien on rencontre la première citation du mot dans létude comparatif de A. Ember, (a) New Semito-Egyptian words, JAOS 37 (1917), p. 21, où lauteur suggère une relation entre lAssyrien tappinnu(m) cumin et lEgyptien tpnn (tepenen) cumin. Le mot est attesté aussi en Ancien Akkadien, Ancien et Moyen Babylonien (en Ancien Babylonien écrit dappinnum), Néo-Assyrien. A ce mot est donné le sens génerique de farine, farine dorge, pâte, mais la comparaison avec legyptien nous permet de supposer linterpretation cumin, hypothèse renforcé si lon considère que pour legyptien il sagit dun emprunt. Legyptien conserverait donc un sens particulier, pour la théorie des aires laterales et/ou des îles linguistiques. Le mot en question semble avoir son origine du terme sumérien DABIN, interpreté normalement comme farine dorge.
Le cumin nest pas le câpre, bien sûr, mais on est dans le domaine sémantique des plantes aromatiques et les passages de sens à lintérieur dun même domaine sémantique son fréquents. Et le 'cumin' aurait la même origine linguistique: akkadien kamunu < sumérien gamun. Une hypothèse séduisante. Quest-ce que vous en pensez ?
Giovanni Battista Soleri