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Dictionnaire Étymologique Occitan
Robert A.Geuljans ©

HISTOIRES de MOTS OCCITANS

N

Na "dame", ou damna du latin domina devenu très tôt domna. Ancien occitan. D'après Alibert actuellement seulement dans la langue littéraire.

Daunabère < domina + bella. Dona-bella "belette" (Landes , Pyrénées-Atl. Thesoc)
En gascon la belette est appelée daunabère littéralement "dame-belle". Il est probable que le vrai nom de la belette était tabou. La nommer était l'appeler. "La belette est la reine du tabou dans une bonne partie de l'Europe et jusqu'en Turquie. Avant la popularisation du chat elle chassait les souris dans les fermes; mais on craignait sa voracité et on la soupçonnait de boire et de gâter le lait des vaches". (Dictionnaire des animaux et des civilisations: linguistique et symbolique, par Laurent Herz). Comparez basque andereder « belle dame », bavarois Schöntierlein « belle petite bête » etc. (TLF) et l'article mostela

Damojano "dame-jeanne". Français dame-jeanne est probablement forgé par les marins du sud de la France, cf. cat. damajana (TLF qui cite Mistral). Lazare Sainéan a montré dans la Zeitschrift 30(1906)p.308 que l'image qui est à l'origine de ce mot est en effet Dame Jehanne. Il a trouvé que beaucoup de grosses bouteilles avec des anses ont des noms de femmes, parce qu'elles donnent l'image d'une femme qui pose ses bras sur les hanches. Une des premières définitions de dame-jeanne est " très grosse bouteille munie d'anses; servant au transport des liquides" Thomas Corneille écrit que c'est un mot des matelots. (Dictionnaire des sciences..., par Thomas Corneille, 1694; lien). Je n'ai pas trouvé d'images qui confirment cela, mais quand j'ai cherché des "amphores avec anses" j'ai trouvé ceci:

               
amphore                         dame-jeanne
                              Sculpture Amy Fischer

Le TLF écrit : Formé de dame et de jane " bouteille, récipient pour les liquides " attesté en 1586 et par Cotgrave (1611) , emploi humoristique du prénom féminin Jeanne par allusion à la forme rebondie de cette bouteille (cf. Christine " grande bouteille de grès pour l'eau-de-vie ", provençal manoli, marseillais papo-manoli "grosse bouteille carrée, de verre noir" < Emanuel). Mistral a proposé une autre étymologie, un dérivé de dimidius "demi" : *demidianus.
Le mot dame-jeanne a eu beaucoup de succès et a été emprunté par l'italien damigiano, l'espagnol damajuana et même le basque damasa, l'anglais demijohn ( cliquez pour la prononcuation) et l'arabe damagana.

Dona-bella "belette" (Landes , Pyrénées-Atl.) est un emprunt/traduction du français belette. Voir l'article mostela

Nadelo "petit poisson genre athérina", anadelo "apron, aspro vulgaris". Nadelle, le nom languedocien francisé de ces petits poissons est donné pour la première fois par Guillaume Rondelet, médecin originaire de Montpellier en 1554 :

       cliquez sur l'image

Nadelle est restée dans les dictionnaires français jusqu'au Larousse de 1903. L'étymologie du latin annus "an" est donnée par Barbier dans le Revue des Langues Romanes, tome 63(1926) p.2:

Maintenant vous voulez les voir ces nadelas "sardines fraîches" (?,Alibert), les voilà :

De nos jours la nadelle s'appelle apron en français, comme âpre ou rugueux comme ses écailles; espèce devenue très rare et strictement protégée en France et en Suisse.

Nai(s) "abreuvoir" ci-dessous.

Nauc,nauca, nauquet, nauqueta "auge des porcs" dans l'ouest de l'occitan (Ariège, Tarn-et-Garonne, Gers, Haute-Garonne) voir Thesoc. Nauc "abreuvoir" dans la Gironde, Hte-Garonne, Lot-et-Garonne; nauca dans l'Ariège, Gers, Hte-Garonne. Voir aussi les articles naut, et nais

>

Mistral donne des formes pour tout le domaine occitan, mais il semble que le mot a disparu du vocabulaire courant dans beaucoup d'endroits. Pour des raisons d'évolution phonétique, le FEW suppose que les formes provençales de la région à l'est du Rhône type nau sans -c final viennent du latin navis, navem "bateau" et les formes à l'ouest du Rhône de *navica, ou *navicum "petit bateau". La forme anau est le résultat de l'agglutination de l'article : la nau > l'anau; la forme avec un -c final n'apparaît pas à l'est du Rhône.

*Navica a donné noue "angle rentrant par lequel deux combles se coupent" en français. Dans les dialectes le sens s'est souvent spécifié et est passé à "gouttière entre deux toits". Dans le Centre et le Midi c'est le sens "auge" qui domine: nauko (Aude, Ariège, Hte Garonne et Tarn). Le maintien du -c final dans beaucoup d'endroits reste inexpliqué, mais il n'y a aucune attestation de nauc à l'est du Rhône et la forme anau au singulier, vient certainement de navis. Je pense que l'anglais nook "coin" a la même étymologie. Mais cf.Harper: nook c.1300, noke, of unknown origin.. Néerlandais nok "(poutre de la) faîte du toit; angle supérieur du voile d'un bateau" pourrait également y appartenir.


noue

Naut "auge" est attesté dans la Hte Garonne en 1535. Dans l'article *nau-to "auge, trou creux dans le terrain", un mot gaulois, le FEW a rassemblé un petit nombre de dérivés, comme náwto "récipient pour les graines; petite vallée" (Lanne-Soubiran), nautolo s.f. "grande auge portative", dispersés en occitan et en franco-provençal. Le féminin de la racine *nau- : nava existe encore en espagnol nava "cuvette dans un terrain" et dans de nombreux toponymes en Espagne, France et le Nord de l'Italie. Français : Nave "combe, vallée" (Pégorier).

Nai(s) "abreuvoir" (Thesoc). Mistral définit nais comme "routoir" pour rouir le chanvre, sens attesté depuis le 14e siècle. Le sens "auge" se trouve dans un autre texte de la même époque. Le mot s'est maintenu dans les Alpes Maritimes et à Forcalquier avec le sens "abreuvoir" (Thesoc), Dans les dictionnaires on le trouve dans les parlers provençaux et en franco-provençal ainsi que rarement en Poitou et les deux Sèvres. A Barcelonnette nais signifie "routoir" et "prairie marécageuse", à La Ciotat c'est un "lavoir".
L'étymologie n'est pas claire. Meyer-Lübke a supposé un germanique natjan "mouiller", W.Gerig dans sa thèse de 1913 un gaulois n(e)ax, mais ni l'un ni l'autre ne rendent compte des formes provençales. Le FEW (7,24a-25b) suit la proposition d'Antoine Thomas : *nasiare "mettre à rouir le chanvre", mais il n'est pas clair si le verbe a été formé à partir du substantif ou l'inverse, et l'origine de ce verbe reste obscure.

    

 

Nèci, nècia adj. et subst. "nigaud, imbécile, niais". Pour l'abbé de Sauvages synonyme de baou. Dans le Gard le mot a été traduit à plusieurs endroits par "fou", ailleurs aussi par "paresseux, lent". Nîmes nessi "fou" (Mathon). A Alès est attesté le dérivé bien occitan neciardas "homme inepte" Etymologie:
Du latin nescius "qui ne sait pas". La forme prouve qu'il ne s'agit pas d'un mot indigène, mais d'un emprunt au latin d'église. Laat de kinderen tot mij komen - Matteüs 19:14 Marcus 10:14 Lucas 18:16Ancien français nice a vécu jusqu'au 17e siècle. Qualifié de vieux ou régional dans le TLF. Anatole France l'a encore utilisé avec une connotation positive: "C'était une jeune paysanne assez jolie, l'air simple, nice et doux "(A. FRANCE, Vol dom., 1904, p.316).
Le mot a été emprunté très tôt par l'anglais où nice a eu une évolution sémantique étonnante : de "timide, peureux" (avant 1300); > " fastidieux " (vers 1380) > "delicate" (vers .1405) > "précis, soigneux" (vers 1500, conservé dans des expressions comme "nice distinction") > "agreable, delicieux" (1769) > "gentil, bien " (1830).
Cela me fait penser au mot brave qui en français et dans les autres langues qui l'ont emprunté, a eu une évolution inverse de "courageux, sauvage " > "bon, gentil" > "gentil, dit avec condescendance à qn.> "un peu niais"; ce dernier surtout dans le Midi.


neci et " It's nice to see you again."

Neou "neige", neu. Cette année elle est tombé en abondance. Neu continue le latin nivem l'accusatif de nix. Le mot a également existé en ancien français : neif, noif, mais par l'évolution phonétique, dans ce cas la chute de la consonne finale, noi pouvait signifier "neige" ou "noix" et à partir du 14e siècle noi est remplacé par neige dérivé du verbe neiger du latin *nivicare. Le même mot nivem se retrouve dans toutes les autres langues romanes: italien neve, catalan néu, espagnol nieve, etc.


dunes de neige

Nevar. "neiger" Il est intéressant de noter que la répartition géographique des deux types verbales neva"neiger" qui représente un latin *nivare et le type neiger qui représente le type *nivicare nous rappelle l'histoire des mots pour désigner le tablier. Le verbe neva se trouve non seulement en occitan et ibéroroman, mais également dans le domaine de la lange oïl dans un demi-cercle autour de l'Ile deFrance, l'ouest, le nord et l'est. L'influence du patois de Paris a été tellement forte que le type neiger a pu supplanter le type neva dans une partie de l'occitan par exemple à Limoges nejá.


Il y a bien sûr un lien avec les autres langues indo-européennes, par exemple l'anglais snow. Voir entre autres le site etymonline qui donne : O.E. snaw "snow," from P.Gmc. *snaiwaz (cf. O.S., O.H.G. sneo, O.Fris., M.L.G. sne, M.Du. snee, Du. sneeuw, Ger. Schnee, O.N. snjor, Goth. snaiws "snow"), from PIE *sniegwh-/*snoigwho- (cf. Gk. nipha, L. nix (gen. nivis), O.Ir. snechta, Welsh nyf, Lith. sniegas, O.Prus. snaygis, O.C.S. snegu, Rus. snieg', Slovak sneh "snow"). The cognate in Sanscrit, snihyati, came to mean "he gets wet."

Nerta "myrte" est provençal (1331 Maguelonne). D'après le FEW VI/3, 317b cette forme provençale repose sur une forme grecque mürta, latinisée localement en mœrta devenue merta par une évolution régulière et nerta par assimilation du m- initial au -t- de la deuxième syllabe. Ailleurs c'est la forme latine murta avec un -u- long qui est à l'origine de l'occitan : murta (1300 Béziers) prêtée au français au XVIe siècle, murtro (Sauvages). Au XVe siècle est attesté un murta "sumac des corroyeurs" à Montpellier. D'après Rolland Flore, le nom nerto a traversé le Rhône dans le Gard où il a pris le sens de "sumac", à côté de murtro, multre "myrte" (Nîmes XVIe s.). A partir du XIVe siècle on trouve mirte re-emprunté au latin myrtus, dans des textes botaniques et cette forme française remplace par-ci-par-là la forme occitane.

 

En ancien français mirtille est le "fruit du myrte", mais assez rapidement transférée sur l'airelle noire. Voir l'image.
En Italie on fabrique certaines saucisses épicées avec des baies de morta, mortella,, de là la mortadella.
Mistral donne nertas avec le sens "coriaria myrtifolia". Voir rodo, redoul, et ebriago .

Nie(i)ra "puce" vient de l'adjectif latin nigra "noire" feminin du niger. La plus ancienne attestation vient d'un manuscrit conservé à la bibliothèque de Trinity College (GB), dans lequel le grand philologie Paul Meyer a trouvé un recueil de Recettes Médicales en Provençal, qu'il a partiellement publié dans le revue Romania, 32. Le texte date du 13e siècle et l'auteur vient probablement de la région des Saintes-Maries-de-la-Mer (13). Voici la recette en question: Pour tuer des puces, faites cuire de la semence de concombre sauvauge dans de l'eau et jetez l'eau dans la maison.
Nous trouvons deux formes en occitan : nie(i)ra et negra. La première se trouve en provençal et languedocien, la seconde dans les dép. de la Corrèze et du Lot ainsi que dans quelques villages des départements voisins. Voir le Thesoc les cartes puce. Nous constatons une grande différence de la répartition géographique du type negra quand nous le comparons avec les cartes du mot noir, dans lesquelles le type negro est presque omniprésent. Le FEW explique que la forme nie(i)ro est celle qui est issue régulièrement du latin negra, et que le -g- dans la forme negra est dû à l'influence du latin; mais je ne trouve cette explication pas très convaincante. Qu'est-ce que le mot noir a de spécial qui le lie au latin ?

J'ai rencontré le mot niero en parcourant les Nouvé, Noëls en provençal de Nicolas Saboly (1614-1675). Saboly était un grand musicien et un excellent poète. Je le comparerais volontiers à Georges Brassens. Un des Nouvés les plus appréciés était le n°35 : Sant Jóusè m'a di.. (texte et musique) qui : omprenait 7 couplets. L'éditeur Fr.Seguin ajoute le remarque suivante attribuée à Castil-Blaze


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Un peu plus loin dans le même livre je trouve la mélodie du Nouvé 64, que Mistral a repris pour la Coupo Santo. Melodie + texte Nouvé 64 Saboly
Mélodie + texte Coupo Santo

Nim "sorte de drap". Dans un texte intitulé Etat du commerce en Languedoc, de 1744, je trouve: Les Nims qui sont fabriqués, partie avec des laines d'Espagne et partie avec des laines du pays, et les Londres larges qui sont tous de ces dernières, ne donnent pas à beaucoup prez autant de profit à cause de la rareté et de la cherté des laines.
En bas de la page : Nim largeur : une aune 1/5 Prix 8 livres 10 sols (en couleurs assorties).

Et une remarque intéressante, dont je vous laisse l'interprétation : "Ce profit seroit bien plus considérable si le fabriquant avoit la liberté d'expédier des draps par le port de Cette au lieu de les faire passer par les mains des négociants de Marseille, qui y mettent eux mêmes le prix et qui s'assurent toujours un gain certain, sans partager les hasards de ce commerce. On scait le préjudice que la Province recoit de cette gène, et les démarches que les Etats ont fait jusques à présent pour lui procurer une liberté qu'il est naturel qu'elle désire et qu'il paroit juste de lui accorder. "

Nonanto "quatre vingt dix" (Mathon). Cf. huitante .

A la fin du XIXe siècle septante et nonante étaient encore utilisés à Manduel (Gard) comme il ressort des inscriptions dans l'état civil de cette époque:

Nouve(l) "Noël". Le mot courant pour Noël en provençal et est-languedocien est calenda. Pourtant il y a pas mal d'attestations de nouvè, e.a. dans le Trésor de Mistal :

L'étymologie est l'adjectif latin natalis "relatif à al naissance" qui était également utilisé comme substantif avec le sens "jour de naissance, anniversaire". Dans la langue de l'Eglise le sens est devenu "le jour de la naissance de Jésus". Nous le retrouvons en italien natale, catalan nadal, portugais natal et en galloroman principalement dans le Nord jusqu'à la Loire et dans l'Ouest du domaine occitan. (Voir la carte ). Nous trouvons dans le Gard, à Alais nadàou, St-Jean du Gard, Valleraugue nadal, etc. Voir aussi le Thesoc, qui atteste nadal dans ARIEGE, CORREZE, CREUSE, DORDOGNE, GERS, GIRONDE, HAUTE-GARONNE, HAUTE-VIENNE, HAUTES-PYRENEES, INDRE, LANDES, LOT-ET-GARONNE, PROV. DE LERIDA (ESPAGNE), PUY-DE-DOME, PYRENEES-ATLANTIQUES, TARN-ET-GARONNE.

MAIS natalis a abouti dans la région parisienne à une forme avec -o- ancien français noé, nouvel, probablement par dissimilation des deux -a-, et dans de nombreux dialectes la forme parisienne a supplanté la forme indigène nadal. Cette invasion est de date relativement récente ce qui est illustré par une comparaison des données de l'Atlas Linguistique de la France (1908-1910), avec celles des dictionnaires plus anciens. Par contre en Provence, la forme Noël est plus ancienne et désigne la "cantique populaire, chanté le jour de Noël; l'air de cette cantique", attesté depuis Cotgrave 1611.

Un nouël était aussi le "cri de réjouissance que poussait le peuple à la naissance d'une prince, etc.". Cela ne se fait plus de nos jours!

Le mot nouël, nouvelet "refrain ou chorus d'un chant de Noël".