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Dictionnaire Étymologique Occitan
Robert
A.Geuljans ©
HISTOIRES de MOTS OCCITANS
L'Étymologie aujourd'hui
"Parcourir le temps, c'est comprendre le présent"
L'étymologie est l'étude de l'histoire
des mots. Les langues sont vivantes!
Les mots sont vivants. Un mot vit dans une famille avec d'autres
mots, à une certaine époque, dans un ou plusieurs pays, dans une ville ou à la campagne, dans
un milieu social et/ou professionnel. Les mots changent
de forme (c'est-à-dire
de prononciation) et de sens. Les mots naissent, vieillissent et meurent.
Il y a des mots « de souche »,
des immigrés et des émigrés, des mots familiers, vulgaires, populaires,
argotiques, professionnels, régionaux, locaux.
Il existe deux conceptions de l'étymologie : la plus ancienne et la plus répandue est celle qui raconte l'histoire d'un mot comme un géographe relierait l'embouchure d'une rivière à sa source, dans le genre : le mot maure vient du latin maurus «habitant de la Mauritanie , qui a pris en latin populaire le sens de « brun foncé » ou amour de latin amor. La plupart des dictionnaires courants s'arrêtent là. Dans un grand dictionnaire comme le TLF on trouvera un paragraphe "Étymologie et historique" dans lequel le développement des différentes significations est daté et expliqué. Ce qui manque ce sont les significations qui n'existent plus en français moderne, comme par exemple à la franche marguerite "sans détours" ainsi que toutes les formes et tous les sens que l'étymon a pris en galloroman ou ailleurs..
L'autre conception est celle de Walther von Wartburg telle qu'il a développée et appliquée dans le FEW. Le point de départ est pour lui l'étymon. Les langues romanes ont le grand avantage de connaître la langue mère, le latin. L'évolution d'un mot peut donc être suivie comme un arbre généalogique. A partir de l'étymon margarita le FEW nous donne toutes les formes et toutes les significations que ce mot, y compris les dérivés et les composés, a pris en galloroman, français, occitan, franco-provençal et les dialectes. Très souvent nous avons également les représentants du même étymon dans les autres langues romanes ainsi que les emprunts que d'autres langues ont faites au galloroman, comme par exemple les mots anglais empruntés au normand ou à l'anglo-normand, les mots néerlandais empruntés au picard ou au wallon. Pour un exemple voir bandwjan.
Il y a quatre aspects à étudier.
Le mot latin revolutio, génitif revolutionis signifie « retour d'un astre au point de départ ».
Un exemple plus récent. Latin votum signifie
"promesse solennelle faite aux dieux" et votivus "promis
par un voeu; offert en exécution d'un voeu". La
fête votive est donc "la fête offerte en exécution
d'une promesse solennelle faite aux dieux."
En ancien provençal existait le mot lo vot « promesse
faite au ciel par laquelle on s'engage à quelque oeuvre non obligée »,
et en provençal moderne vot, vo, vou et dans l'Aveyron bouot
ou bot représentent le latin votum.
Dans une période plus récente, au
XVIe siècle nous trouvons en français le mot vote « vu,
prière » provenant du pluriel vota
qui dans tout le Midi de la France, de
la Drôme jusqu'à la Gironde désigne « la fête patronale »,
Vaucluse, Languedoc voto, Toulouse boto, Aveyron et Rouergue bouoto, Gers boto. En français l'expression fête votive
est attestée depuis 1876, propre à certaines régions, notamment dans le
Midi, toujours avec le sens de « fête patronale » où le patron
n'est pas un chef d'entreprise, mais le saint à qui est dédiée l'église
de la paroisse!
En 2006, la relation entre la fête votive et le patron de l'église
a pratiquement disparue de la conscience des gens. J'ai demandé
à plusieurs personnes à quoi leur faisait penser le mot « votive »
dans cette expression. La réponse a été unanimement : « à la
mairie, aux élus, aux votes, parce que c'est la mairie qui paye! ».
Pourtant il y a toujours un rapport, à savoir les promesses
non obligées: « faites au ciel » et "faites
avant les élections".
Un autre exemple. Le mot miniature
a le sens de « peinture
fine de petits sujets servant d'illustration aux manuscrits » ou plus généralement « genre de peinture
délicate de petite dimension » et très général,
au figuré, en miniature « en très petit ». Miniature
est un dérivé du mot latin minium « oxyde de plomb,
poudre de couleur rouge » avec lequel les scribes faisaient
les illustrations. Miniature n'a rien à voir, historiquement
parlant, avec mini- qui vient du latin minumus "très
petit". Il a changé de famille.
La liaison que nous établissons entre miniature et mini
provient d'une tendance naturelle à motiver le vocabulaire,
c'est-à-dire à lier les sens des mots à leur formes et de créer ainsi des familles
de mots facilement mémorisables. Le même procédé joue un rôle important
quand nous apprenons une langue étrangère. Le
vocabulaire de la langue française est extrêmement abstraite, c'est-à-dire
riche en mots non-motivés donc plus difficiles à apprendre. Voir le tableau comparatif en
bas de page.
Les étymologistes parlent d'étymologie populaire"quand
un lien entre la forme et le sens est établi contraire à l'histoire du
mot. Pour un exemple voir le mot romaine,
romana .
Un bel exemple d'étymologie populaire transfrontalière
est le mot menestrel "musicien au moyen âge", mënestrié
"joueur de violon" en languedocien (S1),
du latin minister "serviteur" qui est devenu
en ancien néerlandais menestrel, ministrel "troubadour"
et par la suite minnestreel, par association avec le mot minne
"amour" parce que les troubadours chantaient surtout l'amour.
L'étymologie a eu longtemps une très mauvaise renommée dans le monde des savants. On connaît le point de vue de Voltaire qui disait : « C'est une science où les voyelles ne sont rien, et les consonnes fort peu de chose. » et ailleurs : « II est évident, que les premiers rois de la Chine ont porté les noms des anciens rois d'Egypte, car, dans le nom de la famille Yu, on peut trouver les caractères qui, arrangés d'une autre façon, forment le mot Menés. Il est donc incontestable que l'empereur Yu prit son nom de Menés, roi d'Egypte, et l'empereur Ki est évidemment le roi Atoës, en changeant le k en a, et le i en toës. »
Mais, au XIXe siècle, des historiens
des langues ont découvert par l'étude de la forme d'un grand nombre de
mots, que les changements phonétiques sont en principe réguliers,
et ils ont appelés « lois phonétiques » la description de ces
changements réguliers. Ces changements phonétiques ont lieu dans
un certain endroit ou une certaine région pendant un certain laps de temps. Un exemple : c prononcé [k] au début d'un mot
suivi de a en latin
devient [tch] >[ch]
dans une région au nord d'une ligne qui , en partant de l'ouest,
longe la Dordogne, passe par Murat, Saint Flour, Mende, Largentière, Bollène,
et contourne le Mont Ventoux pour aboutir à Digne.(pour une description
plus précise voir BDP, pp.34
ss).La limite nord de cette évolution
est formée par une ligne qui part de Mons en Belgique passe par
Valenciennes, Cambrai, Saint Quentin, Noyon, Beauvais, Evreux, Lisieux
et Coutances . Cambrai et Caen se trouvent donc au nord
de cette région.
Cette évolution a dû se produire après l'invasion germanique, donc après
le Ve siècle, puisque les mots d'origine germanique comme Karl, qui devient Charles en français, la suivent. D'autre part elle s'est produite
avant le VIIIe siècle, puisque latin causa prononcé
[káwsa] jusqu'à cette époque, devient chose.
Par conséquent tous les mots français qui commencent par ca- [ka-] ne nous sont pas parvenus directement du latin.
Autre exemple : tous les verbes qui en latin finissaient par -are à l'infinitif et qui existent encore en français finissent par -er prononcé [é]. En continuant les recherches on arrive à la conclusion que tous les a longs et accentués libres deviennent [é] ou [è](une voyelle libre est suivie d'une seule consonne, ou d'une consonne + l ou r) . Bien sûr il y a des exceptions, mais dans ces cas il faudra expliquer pourquoi! Par exemple latin asinus devient âne et non pas *ène, car les Romains disaient déjà asnu. Dans ce mot le -a- n'était plus en position libre, et suivait la même évolution que le -a- accentué de caballu (suivi de deux consonnes) > cheval.
J'ai bien dit en français, c'est-à-dire
la langue d'oïl, parce qu'en occitan tous les verbes
qui en latin finissaient par
-are et qui existent encore, finissent par -ar,
prononcé [a] ou [ar] suivant la région. Quand au XXe siècle un mot comme
esquichar passe dans le français régional, il s'adapte
et devient esquicher.
Dans une région qui comprend entre autres la Suisse
romande, la Vallée d'Aoste, le Lyonnais et une partie du Dauphiné,
-a- libre suit tantôt l'évolution occitane, tantôt l'évolution
de la langue d'oïl, suivant la qualité de la consonne qui précède -a-
en latin. C'est pour cela que ce groupe de patois est appelé le franco-provençal
: chantà mais mangér
Si nous trouvons en français moderne des mots comme rave, salade et dorade c'est qu'ils ont été empruntés à l'occitan ou une autre langue après la période de l'évolution –a- > -é-, et ils n'ont pas pu la suivre.
La connaissance des "lois phonétiques"
est primordial pour un étymologiste.(Pour l'occitan voir J.Anglade, Grammaire de l'Ancien Provençal,
ou ancienne langue d'oc. Phonétique et morphologie. Paris,1921.
La dernière édition date de 2000 et coûte 26 €
et des poussières. Pour le français E.Bourciez, « Précis
historique de phonétique française » 9e éd. Paris,
Klinkcksieck, 1958). Dans le domaine de l'évolution phonétique,
nous nous rapprochons beaucoup de la définition du mot science . Par exemple : une « loi phonétique »
dit qu'un c-
[ k-] suivi d'un -a- en latin aboutit en français à ch-; je peux donc prédire que des mots comme chemise, chemin chauffer , chef ont eu un c- [ k-] en latin, s'ils existaient dans cette
langue et ont continué d'exister sans interruption.
Nous
pouvons même prévoir l'évolution future. Pour beaucoup
de Français il n'y a plus de différence entre le -i-
nasalisé et le -u- nasalisé, enfin et parfum se
prononcent de la même façon. Le prononciation de -a-
et -o- nasalisés est également presque identique;
chantant et chantons sont identiques. Et quelle est la
différence entre chantais et chanté,
ou pâte et patte? Si
la tendance actuelle à ajouter un -e à la fin des mots comme
bonjour prononcé [bonjoure], persiste à Paris,
une loi phonétique peut prévoir des prononciations comme *contoure,
*veloure, *pourtoure. Conclusion Nos petits-enfants auront encore plus de problèmes avec l'orthographe moyenâgeuse du français que nous!
Les auteurs des grands dictionnaires étymologiques, comme le FEW ou le LEI, prêtent beaucoup d'attention à l'explication de la varation des formes qui ne suivent pas les "lois phonétiques". Il y a UN aspect dont on parle rarement, c'est le fait que certains types lexicaux présentent peu, d'autres beaucoup de variations phonétiques. Aqua > aygo dans pratiquement toute l'Occitanie, mais sabucus "sureau" présente une infinité de formes. L'explication de ce phénomène de la variation des formes dialectales se trouve certainement dans le domaine économique, sociale ou culturelle. L'eau est un élément de toute première nécessité mais le sureau n'a en effet aucune importance économique. Il sert éventuellement dans la pharmacopée familiale; la confiture des baies de sureau est laxative; le thé des fleurs de sureau est utilisé pour le traitement du rhume. Voir Wikipedia. Il est présent partout. Impossible de faire quoi que ce soit du bois de sureau, à part des fifres ou des esclafidou. Par conséquence, on ne parle du sureau qu'à la maison ou avec les voisins. Des variantes peuvent naître dans une famille ou un village et rester confinées dan ce domaine. Le chêne ou le sapin ont une gande valeur economique et culturelle.
Au niveau lexical existe la même tendance. On peut se demander pourquoi certaines notions ("signifié") sont exprimées par des mots ("signifiant") qui ont la même racine dans beaucoup de langues, tandisque d'autres notions s'expriment par une grande variété de mots d'origine différente. . Par exemple, la notion "père" est exprimée par le type pater dans toutes les langues romanes et germaniques. La notion "frère du père ou de la mère" par contre est exprimée par les types avunculus, thius, awa (proto-germanique), et d'autres. (Essayez avec Google traduction). Dans les parlers galloromans la notion "eau" est partout exprimée par le type aqua, mais la notion "génisse" au moins par quatre types: manza, taure, vedela, genisse. J'ai constaté la même tendance dans les noms d'animaux. Par exemple asinus et caballus sont conservés partout, mais le nom du lézard varie beaucoup.
C'est un sujet à approfondir.
Si vous voulez savoir comment le français évoluera
phonétiquement , étudiez les "fautes d'orthographe" dans n'importe quel forum.
Pour connaître les traits caractéritiques du languedocien, suivez ce lien vers la page Abréviations.
L'histoire du mot dans le vocabulaire.
Le fait que le mot votive dans l'expression
fête votive est devenu une affaire de la municipalité et des élus,
l'a rendu inutilisable dans l'église. Là c'est la fête patronale
qui repris le dessus. Jusqu'au
jour où les patrons offriront une fête à leurs employés ?
Il y a des études historiques sur des groupes de mots qui désignent des objets ou des notions très proches les uns des autres,
comme par exemple chaise, siège, fauteuil, transat, tabouret, chaire,
etc. S'il y a un des ces mots qui disparaît ou prend un sens très spécial,
comme cela a été le cas du mot chaire du latin cathedra
" siège à dossier" un autre prend sa place, par extension
de sens ou il est carrément remplacé par un nouveau venu.
J'ai fait une petite étude sur les noms des repas dans des
langues germaniques et romanes et constaté que les hommes ont moins
évolué qu'ils ne pensent : la notion de "mordre"
est plus souvent à l'origine de ces mots que la notion "déguster".Voir
l'article sopar.
L'étude des champs sémantiques, dans le genre « Les dénominations
de la femme en occitan » peut être riche en révélations d'ordre social.
Dans la sémantique moderne il y a des études très
poussées des champs sémantiques; si ce domaine vous intéresse
visitez le site http://dico.isc.cnrs.fr/
L'histoire politique, économique, technique, culturelle et sociale a une grande influence sur le vocabulaire. Le fait que partout en France on parle le patois del'Île de France est la conséquence de l'histoire politique de notre pays et un phénomène unique en Europe. Partout ailleurs des patois locaux et régionaux subsistent ; en Italie : le piémontais, le vénitien, le napolitain etc., en Allemagne : le bavarois et en Suisse le suisse-allemand, qu'on peut entendre tous les jours à la radio ou à la télévision.
Sur le plan international, nous constatons qu'au moins la moitié du vocabulaire de l'anglais est d'origine française ou normande à la suite de la bataille de Hastings (14 octobre 1066) . Le vocabulaire de la gastronomie française est passé dans toutes les langues, à commencer par le mot restaurant créé par l'aubergiste Boulanger en 1765. Il l'a créé en faisant allusion au texte de la Bible "venite ad me qui stomacho laboratis, et ego restaurabo vos".
La fin de la mondialisation et du commerce international, notamment avec la Chine au VIe siècle, a eu des conséquences importantes dans la vie des habitants de l'Occident. Voir par exemple le mot sarga.
Un exemple précis de l'histoire de France. Essayez d'expliquer à
un étranger ce que c'est qu'un Club Laique Omnisport. Le
mot laïque signifie d'après le TLF
"qui est indépendant vis-à-vis du clergé et
de l'Église, et plus généralement de toute confession
religieuse". Par l'hstoire nationale le mot français laïque
a un emploi beaucoup plus étendu que le mot correspondant
en néerlandais, en allemand ou en anglais. Comme traduction de
laïque en allemand vous trouverez "weltlich, staatlich,
laien-" utilisé quand on parle justement du clergé
ou, par une évolution propre à l'allemand et au néerlandais,
laien signifie "ignorant" est antonyme de spécialiste;
l'adjectif n'existe même pas. Ein*Laiensportclub serait
donc une bande d'amateurs ignorant les règles du sport."
En français par contre il y a des clubs laïques de handball,
de karate, de boxe etc. Essayer d'expliquer ce mot laïque
à un étranger, voudra donc dire faire un cours professoral
de la séparation de l'Eglise et de l'Etat en France.
Tous les jours nous pouvons constater l'influence de l'histoire économique, sociale et culturelle sur le vocabulaire. Je pense à l'essor de l'informatique : un mot comme souris a pris un nouveau sens dans la deuxième moitié du XXe siècle et mon correcteur d'orthographe ( Word 2000) ne connaît pas encore le mot " télécharger ". D'autre part le riche vocabulaire de la sériciculture dans les Cévennes a pratiquement disparu.
L'invasion des mots italiens au XVIe siècle est étroitement liée à la Renaissance et l'admiration que les « leader » culturels avaient pour le Rinascimento en Italie. Le rôle important dans l'économie et la culture de l'Italie à cette époque est comparable à celui des USA et de l'anglais de nos jours. Camp, cavalier, campagne, et cadence sont des immigrés, les autochtones sont champ, chevalier champagne et chance.
La disparition des parlers locaux et la naissance de parlers sociaux, c'est à dire un langage caractéristique pour un groupe social, sont étroitement liées à l'évolution de la société. La sociolinguistique est une nouvelle branche de la linguistique. En général il ne s'agit que d'un vocabulaire particulier à un groupe social et/ou professionnel, plus rarement de la phonétique et de la syntaxe. (Je crois que la syntaxe des SMS a des traits syntaxiques spéciaux; il faut que je demande à mes petits-enfants.) Il y a les parlers des métiers, des mots qui sont « in » d'autres qui sont « out ». L'argot en est l'exemple classique. Par le choix de son vocabulaire et parfois de sa prononciation, on exprime son appartenance à un groupe social ou sa volonté d'appartenir à ce groupe : "le ballon est [out] ou [àout] ", cela fait une sacrée différence sociale ! Les interlocuteurs se reconnaissent, comme autrefois les patoisants d'un village ou d'une ville. Les sociolinguistes parlent de sociolectes.
Langue, patois, dialecte
Une langue est un patois avec une armée et une marine.
Langue
et patois ont la même
définition en linguistique : un système linguistique complet.
Un dialecte par contre, est un groupe de patois qui ont un ou plusieurs
traits ( en général d'ordre phonétique) en commun ; ceci explique les
interminables discussions entre dialectologues sur les limites des dialectes.
Un dialecte n'est pas une variante régionale d'une langue.
On peut appeler "dialecte " un patois dont les locuteurs se
servent pour la communication régionale, comme par exemple le patois
de Turin dans tout le Piemont, ou la langue des Félibriges en Provence
(?).
C'est
grâce à l'unification du pays, qui a commencé avec l'élection de Hugues Capet comme roi de France, que le patois
de Paris ou de l'Ile de France a pu s'imposer partout dans le pays. La Révolution a également joué un rôle très
important. L'unification de l'Allemagne, de l'Italie, et
des Pays Bas date du XIXe siècle seulement. A ce propos je
ne peux que confirmer ce que l'abbé Boissier
de Sauvages a écrit dans son Dictionnaire languedocien français
s.v. patës ou patoues: "il

C'est exactement ce que j'enseignais à mes élèves dans le cours de l'histoire de la langue française!.C'est le pouvoir central, le roi et le gouvernement du pays qui ont imposé le patois de Paris dans toute la France. La lutte entre Jacobins et Girondins n'est pas encore finie, mais cela s'appelle maintenant (dé)centralisation.
Enfin un étymologiste doit avoir de la chance. Des petits
faits divers peuvent l'amener à trouver l'histoire d'un mot. Un exemple.
Dans le patois de Lasalle, un village cévenol près de St.Hippolyte-du-Fort,
existait en 1884 le mot soumac "bousilleur, mauvais ouvrier"
. Toutes nos connaissances du latin
et de son évolution dans les Cévennes ne servent à rien pour trouver
l'étymologie de ce mot. Heureusement que l'auteur du lexique donne les
indications suivante: « de l'allemand Schumacher "cordonnier,
savetier" » et en bas de page il remarque: « Ce mot
date du séjour qu'un détachement de soldats autrichiens fit à Lasalle
en 1815. L'un d'eux, nommé Fritz s'y maria. Sa femme, morte récemment,
était appelée Frico. »
Je ne croyais pas trop à cette étymologie, bien pour
le dimanche sur France Inter. J'ai vérifié et en effet, dans le FEW
sous l'étymon Schumacher,
je retrouve notre soumac. Et ce n'est pas uniquement à Lasalle
que ce mot existe avec cette signification. Il y a des attestations surtout
dans les régions du nord, en Wallonie, le département de la Moselle et
en Suisse, mais également
en français sous la forme choumaque « cordonnier, savetier »
utilisé par Daudet, et repris par Pierre Larousse qui le qualifie d'argot.
Grâce à un lecteur attentif, nous l'avons retrouvé
dans le Perret, Choumac
ou Choumaque 'chaudronnier' dans l'argot de l'aéronautique.
CHOUMAQUE s. m. (chou-ma-ke - allemand schumacher, faiseur de chaussures).
Argot. Savetier.
- De même pour désigner le cordonnier on disait quelquefois
"choumac" (de l'allemand Schumacher) en souvenir
des Prussiens logés à Nozeroy pendant la guerre de 1870.
Le Patois de la Région de Nozeroy par 0skar Kjellén.
- Livre "Tu seras choumac" de Richard Maroli. Librairie
du compagnonnage.
- Par analogie avec les coups de marteau, le pliage du cuir et le franc-parler
des cordonniers et autres bouifs, ce terme fut attribué aux carrossiers
chaudronniers tôliers d'abord d'automobile puis d'aéronautique
quand celle-ci devint métallique. " Source
W.von
Wartburg pense que l'histoire de l'invasion de 1815 qui serait à l'origine
de ce mot est une légende et il préfère l'explication par emprunt aux
patois alsaciens limitrophes. Il faudrait un bon connaisseur
de l'histoire du Gard pour vérifier et je l'ai trouvé ! Le
Gard et notamment St. Hippolyte-du-Fort a en
effet été occupé par les Autrichiens.
Georges Mathon dans son
site donne tous les détails. Je le cite:
« Les
autres localités occupées furent, presque tous les villages de la Gardonnenque,
puis St-Hippolyte, Quissac, Sauve, VaIIeraugue, St-Marcel, le Vigan et
tous les centres importants des Cévennes où se dessinaient des mouvements
bonapartistes" .
Un emprunt à l'autrichien n'est donc pas impossible.
Les faits divers forment un aspect de l'étymologie amusant.
Pierre Larousse cite l'anecdote
suivante dans son Grand Dictionnaire du XIXe siècle à propos du mot canard : "Pour renchérir sur les nouvelles ridicules que les journaux
de France lui apportaient tous les matins, un journaliste belge imprima,
dans les colonnes d'une de ses feuilles, qu'il venait de se faire une
expérience très-intéressante et bien propre à caractériser l'étonnante
voracité du canard. Vingt de ces volatiles étant réunis, on hacha l'un
d'eux avec ses plumes et on le servit aux autres, qui le dévorèrent gloutonnement.
On immola le deuxième, qui eut le même sort, puis le troisième, et enfin
successivement tous les canards, jusqu'à ce qu'il n'en restât plus qu'un
seul, qui se trouva ainsi avoir dévoré les dix-neuf autres dans un temps
déterminé et très-court."
Cette fable, spirituellement racontée, eut un succès que l'auteur était
peut-être loin d'en attendre. Elle fut répétée par tous les journaux de
l'Europe ; elle passa même en Amérique, d'où elle revint encore chargée
d'hyperboles. On en rit beaucoup, et le mot canard resta pour désigner
les nouvelles invraisemblables que les journaux offrent chaque jour à
la curiosité de leurs lecteurs. Heureusement que de nos jours le Canard
est enchaîné.

Le danger pour l'étymologie est que cette légende soit plus connue que l'histoire vraie un peu ennuyeuse : déjà en moyen français vendre, bailler des canards veut dire « tromper quelqu'un », une grâce de Saint Canard est une « promesse de cadeau qu'on peut pas tenir » et un canard est depuis 1750 une « nouvelle fausse pour tromper le public ». Et un canard enchaîné c'est quoi exactement? Mais jusqu'à maintenant aucun étymologiste n'a pu expliquer pourquoi vendre des canards a pris ce sens péjoratif déjà au XVe - XVIe siècles. Est-ce que la mauvaise renommée des Gascons " hâbleur, trompeur", ou un aspect de la chasse aux canards y est pour quelque chose ?
L'utilité de la recherche est en principe hors de l'occupation des chercheurs. Un chercheur veut comprendre. Parfois cela peut servir à quelque chose, souvent non.
Mais "Parcourir le temps, c'est comprendre le présent"
Quand notre amie catalane nous raconte: "le médecin ma quiché le ventre partout " en illustrant ses mots par des gestes appropriés, elle n'est pas consciente que cette simple phrase nous relie
Et "L'étymologie peut servir dans l'apprentissage du français et des langues étrangères."
Parler plusieurs langues est plus qu'une richesse. La vérité
n'est pas dans une langue. Une langue, c'est une façon de voir,
de penser, de structurer le monde, et si l'on n'en maîtrise qu'une
seule, on est un être humain incomplet ... La vérité
est au croisement entre deux vérités contradictoires,
donc elle n'est pas dans un seul monde.
Parler plusieurs langues est un droit de l'homme, plutôt qu'un
devoir, parce que c'est une condition d'existence: on n'est pas un homme
complet si on ne parle pas plusieurs langues.
La société occidentale qui est très technicienne
est parvenue à réduire tous les temps de fabrication,
sauf deux: le temps nécessaire à l'apprentissage d'une
langue, maternelle ou autre, qui demande toujours 3 000 heures, et le
temps de gestation d'un enfant qui est toujours de neuf mois. Ces 3
000 heures et ces neuf mois ne sont pas compressibles. (Jacques Attali)
De toutes les langues romanes c'est le français qui a subi
les changements phonétiques les plus importants. Les syllabes qui portaient
l'accent en latin ont été renforcées au détriment des autres. Le français
c'est du latin parlé par des Francs, une peuple germanique qui
a adopté la langue locale. Beaucoup de voyelles non-accentuées
ont carrément disparu : latin tabula > table, mais en italien tavola , latin
vita > vie, prononcée [vi] mais en espagnol
vida, ou ne subsistent que sous forme d'un e muet. Cette
évolution a été si forte que beaucoup de mots sont
devenus monosyllabiques.
Depuis le XVIe siècle, nous voyons arriver beaucoup
de mots nouveaux, empruntés à l'italien ou directement au latin. Le lien étymologique entre table
et tablettes, tablée, attabler est facile à saisir, avec tableau, tableur un peu plus difficile. Etain donne étameur et étamer, mais le sens des mots stannifère
et stannique n'est pas évident, il faut l'apprendre. En italien
par contre nous avons stagno, stagnatura stagnata stagnifero stagnico. Le lien étymologique entre ces mots
est évident et le jeune Italien n'a pas de problème. En français Peau
donne pilosité, il faut apprendre les deux mots, même s'ils ont
le p- en commun, mais quand nous passons d'aveugle ou non-voyant
à cécité, c'est le noir absolu.
L'abstraction du vocabulaire français est extrême. Il y a les mots
emploi, employeur, employé qui sont motivés, mais jour ouvrable,
travail et RTT ? Un lien vers d'autres
exemples et un petit jeu.
L'Europe à 27 pose d'énormes problèmes d'intercompréhension. Il devient urgent de trouver des moyens de communication "interlangues". La commission a chargé plusieurs universités à s'y attacher. Un des résultats est l' EuroComRom . D'après le professeur Horst G. Klein de l'université de Frankfurt, la langue française est le meilleur "pont " pour le multilinguisme en Europe. A partir du français il est possible de comprendre les autres langues romanes à l'aide de la méthode des "sept tamis". Une méthode que tous les enseignants devraient au moins connaître! Pour 3 € vous pouvez télécharger le livre de 336 pages : Franz-Joseph Meissner, Claude Meissner, Horst G. Klein, Tilbert D. Stegmann EuroComRom - Les sept tamis : lire les langues romanes dès le départ. Avec une introduction à la didactique de l'eurocompréhension.
Beaucoup d'information dans
le site EuroComRom
sur l'intercompréhension des langues. L'histoire de la langue française
et l'étymologie jouent un rôle dans cette méthode.
L'étymologie peut aider à
réduire un peu ce caractère abstrait de
la langue française en faisant découvrir les liens entre
les mots. Par exemple:

L'étymologie conçue comme l'histoire des mots, a un côté scientifique notamment en ce qui concerne l'évolution des formes, mais ce n'est pas un art. Par contre, ce qui peut être de l'art, c'est la façon de raconter cette histoire . Comme il y a des bons historiens qui sont de piètres conteurs, il y a des mauvais étymologistes qui sont de bon conteurs et ce sont derniers qui disent que l'étymologie est un art mais ils se trompent, c'est leur manière de raconter qui est une forme d'art.
Comparaison de quelques langues du point de vue motivation/abstraction du vocabulaire.
Parler plusieurs langues est plus qu'une richesse. La
vérité n'est pas dans une langue. Une langue, c'est une
façon de voir, de penser, de structurer le monde, et si l'on
n'en maîtrise qu'une seule, on est un être humain incomplet
... La vérité est au croisement entre deux vérités
contradictoires, donc elle n'est pas dans un seul monde.
Parler plusieurs langues est un droit de l'homme, plutôt qu'un
devoir, parce que c'est une condition d'existence: on n'est pas un homme
complet si on ne parle pas plusieurs langues.
La société occidentale qui est très technicienne
est parvenue à réduire tous les temps de fabrication,
sauf deux: le temps nécessaire à l'apprentissage d'une
langue, maternelle ou autre, qui demande toujours 3 000 heures, et le
temps de gestation d'un enfant qui est toujours de neuf mois. Ces 3
000 heures et ces neuf mois ne sont pas compressibles. (Jacques Attali)
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Français
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Languedocien
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Catalan
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Italien
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Néerlandais
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Allemand
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Anglais
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| aveugle/cécité | cèc,cèga | cec, cega/ ceguesa | blind/blindheid | blind/Blindheit | blind/blindness | |
| sourd/surdite | sord(a) /sordesa | doof/doofheid | taub/Taubheit | deaf/deafness | ||
| tableau/peintre | pintadissa/pintor | cadra/pintor | schilderij/schilder | Gemälde/Maler | painting/painter | |
| raser/rasoir/blaireau | afaitar/navalla d'afaitar/brotxa d'afaitar | scheren/scheermes/ scheerkwast | rasieren/ Rasiermesser/ Rasierklinge | to shave/razor/ shaving brush | ||
| moulin/meunier | molin/molinièr | molí/moliner | molino/ molinario | molen/molenaar | Mühle/ Müller | mill /miller |
| mûr/maturité | madur/ maduretat |
madur/ maduresa |
rijp/rijpheid | mature/ maturity | ||
| chaussure/ cordonnier | sabata/sabatièr | sabata/sabater | schoen/ schoenmaker | Schuh/Schuster | shoe/ shoemaker | |
| mot/ dictionnaire | dich/ diccionari | paraula/ diccionari | woord/ woordenboek | Wort/Wörterbuch | word/ dictionnary | |
| neuf/quatre-vingt-dix | nòu/nonanta | nou/noranta | negen/negentig | neun/neunzig | nine/ninety | |
| baiser(subst.) / embrasser | poton/potonar | besada/besar | kus/ kussen | Kus/ küssen | kiss/kiss | |
L'évolution
dynamique des langues dans le Sud-ouest de l'Europe occidentale.
(1000-2000). A voir!
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