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Dictionnaire Étymologique Occitan
Robert
A.Geuljans ©
HISTOIRES de MOTS OCCITANS
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Gazeta s.f. "journal". Au milieu du 16e siècle, avant 1580 en tout cas (TLF), les gouvernants de Venise décidaient d'éditer une fois par semaine un petit journal avec des informations sur les voyages des bateaux qui se trouvaient un peu partout dans le monde. Le port de Venise était à l'époque un des ports les plus importants du monde occidental. L'image ci-dessous d'un chantier naval date de l'époque.
Andrea Gritti, doge
Ils y publiaient aussi les nouvelles réglementatations
et les décisions prises par le doge et ses conseillers. Ils ont appelé
cette "feuille volante d'information" la Gazeta de le novite (TLF).
Je n'ai pas encore réussi à trouvé un exemplaire numérisé,
mais je pense que la Gazeta était rédigée en vénitien,
puisque destinée aux Venitiens.
Le nom Gazeta a été choisi parce qu'elle était
vendue 1 gazeta ou gazzeta qui valait deux soldi (sous), frappée
depuis 1538 par le doge Andrea
Gritti . "Aveva impresso un leone alato in piedi e la immagine della
Giustizia seduta sopra altri due leoni col motto Justitiam diligite Il
suo titolo a peggio era di carati 452 per marca " (Source)
Sur le côté pile est écrit SANCTVS MARCVS VENETVS. Elle
était en argent. La gazeta n'était donc pas une
petite pièce avec peu de valeur, comme il est écrit dans de nombreux
sites qui s'occupent de l'étymologie du mot gazette.
Gazeta en argent, frappée de1559-1567
Voici des extraits de deux dictionnaires du venitien du 19e siècle:
(Source
de 1821; c'est la 3e éd.)



(Source
de 1829)
D'après beaucoup d'étymologistes
et même le FEW, qui le rattache à
gajus "geai", ( > dzai, gai, gatch en occitan)
gazeta serait un dérivé du venitien gaza "pie"
et le sens aurait été quelque chose comme "La Bavarde".
Cette étymologie me semble très douteuse. Tout d'abord, le nom
a été choisi parce que ce bulletin coûtait 1 gazeta.
A mon avis il est inimaginable que les doges de Venise auraient donné
à leur bulletin d'information destiné aux Vénitiens cultivés,
qui en plus savaient lire, un titre dans le genre Canard (voir
l'article canard dans mon introduction).
Est-ce que Le Figaro est "un journal intrigant et peu scrupuleux"
parce que le mot figaro a pris le sens "homme intrigant et peu
scrupuleux" (TLF) ?
La première Gazette
en France créée en 1631 par Théophraste Renaudot,
n'avait rien d'amusant non plus. Ce n'est que plus tard que le mot gazette
est devenu péjorative. Selon le Dictionnaire universel de Antoine
Furetière (1688-1689), "Gazette est un mot qui désigne
«un petit imprimé qu'on débie toutes les semaines, qui contient
des nouvelles de toutes sortes de pays. On appelle figurément Gazette,
une femme qui scait toutes les nouvelles de son quartier & qui les va publier
en tous lieux de sa connoissance. En ce sens, il ne se prend qu'en mauvaise
part. Ce mot vient de gazetta, qui signifie une espèce de monnaie
de Venise, qui estoit le prix ordinaire du cahier des nouvelles courantes, Ce
nom a été depuis transporté au cahier même."
Les premières attestations en français ( 1609 La Gazette [titre d'un poème satirique]; 1611 « écrit périodique destiné à l'information » (COTGR.); TLF) sont postérieures aux premières attestations anglaises : 1595-1605.
L'Encyclopedia Britannica raconte qu'au Royaume Uni, sous le règne de Elisabeth I, des collaborateurs volontaires remplissaient les colonnes avec des rumeurs anonymes. "The type of gazette originating from the private newsletter existed in England before the middle of the 16th century but was confined mainly to detailed accounts of diplomatic maneuvers. Upon the accession of Queen Elizabeth I (1533-1603), however, a far greater variety of such sheets began to appear. Aimed at a wide popular audience, they disseminated gossip, trivia, unofficial news accounts from nongovernmental sources, news of recent explorations, commercial advertisements, and the more sensational news items of the day-reports of lurid crimes, supposed miracles, witchcraft, and the like. The news collected in these sheets was contributed by volunteers, was frequently based on the accounts of anonymous witnesses, and was notorious for its inaccuracy."
Le genre Gazette avec la connotation péjorative,
ce que nous appelons presse-people, existait donc au Royaume Uni
pendant le deuxième moitié du 16e siècle. Elisabeth
I accède au trône en 1558 et une grande variété
de gazettes voit le jour. Destinées à un large public populaire,
ils diffusent des ragots, des anecdotes, donnent des nouvelles non officielles
provenant de sources non gouvernementales, des nouvelles des explorations récentes,
de la publicité commerciale, et ils publient des articles sensation du
jour, les rapports des crimes lugubres, des miracles supposés, la sorcellerie.
Ces informations étaient recueillies par des volontaires et basées
sur des témoignages anonymes.
Les termes "large public populaire" doit être pris avec beaucoup
de grains de sel, puisque le large public populaire ne savait pas lire à
l'époque.
Que
le mot gazette "journal" a pris le sens figuré donné
par de Furetière "une femme qui scait toutes les nouvelles de son
quartier ", autrement dit une "pie" n'a rien d'étonnant.
En Italie gazetta a été interprétée comme
un dérivé de gaza "pie", en France
la gazette a peut-être associée à l'agace > la
gace..."pie" (nom de la pie presque partout en galloroman), ensuite
la gacette. Mais cet emploi péjoratif n'est pas très
répandu et peut-être oublié de nos jours. La Gazette
du Palais est L'information juridique de référence pour
les avocats. Il y a la Gazette de Nîmes, de Montpellier, de
Nice etc. Et il ne s'agit certainement pas de presse people.
La numérisation de la Gazette
des Beaux Arts est annoncée dans le Blog de Gallica, que j'ai reçu
aujourd'hui le 5/08/2010 : "Revue dart française fondée
en 1859, la Gazette des Beaux-Arts a constitué une référence
internationale en histoire de lart pendant près de 150 ans."
Une preuve de plus que le mot gazette n'avait pas une connotation péjorative.
Conclusion: L'étymologie proposée par le TLF : latin classqiue gaza "trésor, richesse" emprunté au grec gadza "trésor du roi de Perse" me semble bien plus probable. La gazeta frappée par Andrea Gritti était un "petit trésor". L'association avec gaza "pie" est postérieure à la parution de la La Gazeta et due au contenu des petits journaux parus d'abord au Royaume Uni sous Elisabeth I.
PS 1. J'ai vue quelque part une interprétation comparable du mot
presse-people devenu pressepiple interprétée comme
presse-peep-le.
PS 2. Dans ma ville natale de Roermond, l'ancien journal du centre du Limbourg, le Maas en Roerbode enpatois "de gezet" était appelé aussi "de tante Bet" (allusion à Elisabeth I ?) parce qu'il y avait beaucoup d'infomations locales. Le même nom pour le journal local à Venlo, 22 km plus au nord.