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Dictionnaire
Étymologique Occitan
Robert
A.Geuljans ©
ou HISTOIRES de MOTS OCCITANS
Estivenques ou Mourguettes


Des estivenques. Où peut-on encore trouver ces petits escargots sur les menus des restaurants ? D’après Sylvain, auteur d’un site internet[1], on trouvait dans les années soixante encore dans les rues de Marseille « la marchande de limaçons dont le cri était phonétiquement : à l'aïgue sont, les limaçons pour la rime, et petit escargot à l'eau salée pour la signification. ». Confirmé par Marius Autran dans le lexique de La Seyne : Aigo-sau "aumure, eau salée, mets de poissons bouillis (litt., eau et sel). A l'aigo sau ! : C'était l'appel du marchand d'escargots et de limaçons blancs." Sylvain décrit les estivenques : « Ces limaçons sont une espèce de petits escargots, quelquefois aussi appelés colimaçons ou limaces, que l'on trouve en été sur les fenouils montés. Le diamètre est de un centimètre à un centimètre et demi environ. La couleur part du blanc (attention, pas blanc immaculé, c'est une autre espèce un peu plus petite) au marron clair en passant par toutes les nuances de beige, avec des stries plus nuancées qui épousent la spirale de la coquille. La chair est beige translucide. »
Une recette de Claude Viallat Estivenques à l'huile d'olive, a été publié par la Gazette de Nîmes dans un petit recueil Les Nîmois livrent leurs secret de cuisine. 30 recettes du Sud. Vous trouverez une copie en cliquant ici.
Ces mêmes escargots blancs s’appellent aussi missounaire, missounenque ou mourguéto.
Le mot estivenco se trouve déjà dans le Trésor
du Félibrige de Mistral qui dit que dans le département de l’Hérault on
désigne ainsi un « escargot d’été ». Il doit s’agir du colimaçon
dont le nom scientifique est "hélix vermiculata L." ou "eobania
vermiculata".[2]
Comme il s’agit d’un escargot d’été
l’étymologie du mot estivenque ne peut pas poser de problèmes ;
il doit avoir la même origine qu’ estiu « été ». En
effet il est dérivé du latin aestivus « qui a rapport à
l’été » à l’aide d’un suffixe incu. Ce suffixe est
sans doute d’origine ligure et surtout
répandu dans le sud de la Gaule.
Estivenc avec le sens «qui
a rapport à l’été » se trouve déjà dans des textes en ancien provençal.
Nous le trouvons avec le même sens
dans de nombreux mots occitans, comme albenc « vêtement ou couverture
de couleur blanche », blavenc « bleuâtre » et dans notre
département La Gardonnenque. Ce suffixe qui date d’avant les
Celtes semble bien vivant dans notre langue occitane[3].
Glibert Lhubac donne pour Gignac (34) le mot cagaraoule et le diminutif cagaraoulette. D'après lui ce mot est devenu un générique pour plusieurs espèces de petits escargots dont le Cernuella variabilis qui grimpent vers la fin de l'été sur les tiges des fenouils mais aussi des graminés.

Il ajoute que le mot meisonencas est provençal.

Pour aucune langue romane, y compris le français et l’italien, nous disposons d’autant de textes médiévaux que pour l’occitan. Il y a des chartes, des coutumes, des régulations, des comptes, des registres de notaires, tous dignes d’une totale confiance, car
1) ces documents sont dans la plupart des cas des originaux et
2) dans le pays d’oc aucune des variantes dialectales était devenue la langue littéraire officielle comme c’est arrivé dans le nord de la France avec le dialecte de la région parisienne ou le dialecte de Florence en Italie. Les scribes essayaient d’écrire les mots tels qu’ils les entendaient ou prononçaient avec les lettres du latin dont ils disposaient.
Donc quand on cherche dans des dictionnaires d’ancien provençal, et on trouve le mot morga avec le sens de « religieuse » dans un texte du Rouergue daté de 1198, il faut s’attendre à trouver d’autres graphies En effet elles varient varient beaucoup selon la région dont proviennent les textes : monja, monega, monga, morga, moina. La même chose pour le masculin : monge, morgue, etc. « moine ».
Le département du Gard est particulièrement intéressant parce qu'il se trouve dans une zone transitoire entre le provençal et le languedocien. A Alès, par exemple, on a distingué les deux variantes : mourgo et mounjo. La première désignant « une religieuse vêtue de noir » , la seconde « une religieuse vêtue de blanc ». Mais c’est, à notre connaissance, le seul endroit où cette distinction était faite .
mounjo
En occitan comme dans toutes les langues romanes les significations « moine » et « nonne » ont donné lieu à de nombreux emplois au figuré, à cause de la forme de leurs silhouettes, la couleur de leurs habits, le crâne rasé du moine, la couleur du voile de la nonne : des toupies, des fromages, toutes sortes de plantes et d’oiseaux et spécialement dans le Midi des haricots blancs, haricots verts, haricots secs, etc.[7] Les mourguettes sont donc des « petites religieuses blanches », un dérivé du latin monacha[8] avec le suffixe diminutif –ittu. Pour les Gardois des «* nonnettes » sont des « petits escargots blancs ».
Dans le Gard une autre forme est attestée : mounjéto « espèce de limaçon blanc » mais qui signifie aussi « variété de haricots blancs à ombilic noir, qui se mangent secs ». Les deux formes du moyen âge, monja et morga, survivent donc dans les patois modernes.
Une émission d'Arrêt sur Images avec Alain Rey, a déclenché une "discussion" sur l'origine du mot mojette et la région d'où il serait originaire. Après lecture on comprend pourquoi l'étymologie n'est pas une science très estimée; mais plutôt considérée comme un jeu. Je crois qu'Alain Rey a largement contribué à cette dévalorisation.
Est-ce que quelqu’un dont le français est la langue maternelle établit un lien entre les mots mono (opposé à stéréo) moine, moineau, monarque et Monaco ? Je ne pense pas et pourtant leur étymologie est identique : mono « seul », moine « quelqu’un qui vit seul », moineau « oiseau qui a le plumage de la couleur d’un habit de moine » viennent tous les trois du grec monos, dont au début du christianisme on dérive le mot monachus. C’est l’étymologie qui rétablit ces liens et qui rend le vocabulaire plus transparent, plus « motivé » en termes linguistiques.
Nice mounéga
[2] Plusieurs espèces des hélix comme l’escargot de Bourgogne et le petit gris de moins de 3 cm, sont menacées d’extinction et elles sont protégées, donc interdites de cueillette! Disponibles seulement chez les héliciculteurs.
[3] Nous reviendrons sur les Ligures à propos du mot calanque.
[5] Il serait intéressant de connaître la répartition géographique de ces dénominations différentes.
[7] En français la mongette « espèce de haricot qu’on cultive dans le midi de la France » attesté depuis 1835.
[8] Les représentants dans les patois modernes du féminin monacha sont limités aux domaines occitan et franco-provençal.