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Dictionnaire Étymologique Occitan
Robert A.Geuljans ©

ou HISTOIRES de MOTS OCCITANS

Castagnes et marrons.

                       

Argotique

 D’après Andolfi la castagne  est « un sport ancestral cévenol  qui se pratique à mains nues… » et  castagne est  dans ce sens synonyme du  français marron.  Châtaigne = marron est attesté en francais depuis 1635 ;   châtaigne signifie d’abord un « coup sur les doigts »  et  ensuite un « coup de poing » (D’après  Delvau A., « Dictionnaire érotique moderne » Bâle, sans date ). Marius Autran est plus sérieux et crédible quand il écrit à propos de l'expression: "ça va castagner ! "c'est de l'argot français qui n'est pas spécifiquement provençal." Le mot  marron  a le même sens depuis 1835. A.Rey pense que  le sens « coup de poing spécialement sur la tête », s’explique par métonymie  de la tête qui reçoit le coup (un coup sur le marron) au coup lui-même . Mais le sens « tête » pour le mot  marron n’est attesté que depuis 1896.  Von Wartburg est d’avis  que c’est la couleur que prend la tête quand elle a pris des marrons qui est déterminant.
Quoi qu’il en soit, c’est du pareil au même, quand on les reçoit, ça peut faire très mal.

Agriculture et histoire

 Par contre en agriculture les châtaignes comestibles ne sont pas du tout la même chose  que les marrons, je cite: « Il existe une différence fondamentale entre la châtaigne et le marron. Elle est facile à voir. L'enveloppe de la châtaigne, la bogue, est cloisonnée et elle contient deux ou trois fruits. Le marron, égoïste, mûrit seul dans sa bogue.» (d’un site internet sur les marrons du Var). Il y a quand-même un risque de confusion de 12% : « Le castanéiculteur est tenu quant à lui de classer la production de ses arbres en châtaignes, si la proportion moyenne des fruits cloisonnés est supérieure à 12%, et en marrons, si cette proportion est inférieure à 12%.». En automne il y a de nombreuses "Fêtes de la Chataignes" dans notre région.

Vous pouvez Tirer des marrons du feu ICI

L’un et l’autre, la castagne comme le marron nous sont parvenus de très loin. C’est naturel. Les  fruits du châtaigner étaient  un des premiers aliments des races primitives. Et cela a duré longtemps Dans le Grand Larousse du XIXe siècle, Pierre Larousse pouvait encore écrire  « il forme  presque à lui seul toute la nourriture des montagnards de l’Auvergne, des Cévennes , de la Corse… » Au moyen age il y avait l’expression parer  chastaignes à quelqu’un ce qui voulait dire «  lui préparer un bon accueil », et aussi peler chastaignes à quelqu'un  pour « lui dorer la pilule ».  De nos jours par contre  c’est un aliment de luxe pour citadins. .

L’origine du mot castagno est à chercher en Asie mineure. En persan existe le mot kashtah « fruit sec, pépin » et les savants pensent que l’arbre et son nom sont introduits en Europe, notamment en Grèce à partir de l’Iran.   Virgile (70-19 avant JC) connaît déjà le mot castanea  qui  donne dans notre région castagno ou costognos  (Aveyron) et castagne en français régional. 
Avec ce mot dans son vocabulaire, le méridional peut voyager loin: au Pays Bas et en Belgique kastanje, en Allemagne Kastanie, en Scandinavie kastania, en Russie kashtanu en Pologne kasztan, en Lithuanie kasztanas et même en Bretagne kistin et le pays de Galles kastan.  Les Anglais par contre ont emprunté le mot chestnut à la langue d’oïl, où par étymologie populaire ils ont ajouté un –t  au –ne  pour ranger la châtaigne avec les noix (nut).

 D’après ma source il y a en languedocien pas mal de mots dérivés de castagna: castagniè « relatif aux châtaignes ou qui aime les châtaignes »(Mistral), castagna verbe « récolter les châtaignes » mais aussi « dépenser tout »,  languedocien castagnaïro  « ramasseuse de châtaignes »  et  Mistral dit que dans le Languedoc il y des castagneirou « petits châtaigniers ». Spécial pour le Gard sont  castagnolo « roitelet » et castagno « sexe de la femme ». D'après le Thesoc à Maillanes (13) ce sont les testicules, Alès kastagnados « veillée à l’époque de la récolte des châtaignes », et comme on grillait des châtaignes pendant ces veillées "grillade de châtaignes", qui dans les Cévennes s'appelle rabanelo, voir le mot rabinar..

 En français le mot castagne  ou castagnole , empruntés à l’occitan, servent à désigner un poisson, le "sparus chromis"  Linné 1758, mentionné dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.. D’autres noms de petits poissons  comme castagnot ou castagneau, ou castagnole  viennent également  du Midi.

castagne

(tapez « chromis »  avec Google, et vous trouverez des dizaines de sites)

Beaucoup de noms de lieux où poussent les châtaigniers sont dérivés de castanea.

            Dans le Grand Larousse du XIXe siècle vous pouvez trouver une description assez détaillé du travail de la châtaigne, la récolte, la conservation, des recettes, etc. Il y  décrit entre autres que pour récupérer les châtaignes,  dans la claie «On [les]chauffe ainsi pendant dix jours environ. Vers le cinquième jour, lorsque toute la récolte est rentrée, on retourne les châtaignes pour achever de sécher la couche supérieure. on considère les châtaignes comme suffisamment sèches et prêtes à être blanchies, quand leur écorce se détache bien et qu'elles sont dures sous la dent. On les fait alors tomber sur le plancher inférieur (de la claie), dont on a enlevé le feu et les cendres; puis on les dépouille de leur écorce, soit en les plaçant dans des sacs que l'on frappe sur un billot revêtu d'une peau de mouton ... ,.soit au moyen des soles, qui brisent moins les châtaignes.».

Les marrons

Dans le domaine galloroman  le mot marron est récent et emprunté à l’italien  marrone « châtaigne gréffée », attesté depuis le XIIe siècle principalement en Lombardie et dans la région de Venise. Le mot marron (et très probablement la variété ) est entré  en  France par la région lyonnaise. Jusqu’au XVIIIe – XIXe siècle les grosses châtaignes comestibles étaient appelées marrons de Lyon. Au XVIe siècle il est passé en anglais : maroon.
L’origine  du mot est obscure. De l’Italie jusqu’au Portugal  il y a des mots avec une racine *marr-  qui signifie  « caillou, roche ». Il s’agit d’une racine  d’origine pré-romane que nous retrouvons sous différentes formes dans nos patois. En provençal il y a marro « tuf » et « auge dans laquelle tourne la meule d’un moulin à huile », et marrado « le contenu de cette auge ». Un mereau  au 17e siècle est « un petit caillou ». Au moyen âge il désignait  déjà un « jeton », ensuite en moyen français le « jeu de la marelle » sens conservé en provençal, entre autres à Valleraugue marél.   Le féminin  marèlo  désigne « le jeu de la marelle » ou « le petit caillou ».  Quand on joue il y a toujours des joueurs plus "malins" que d’autres, ce qui donne en Languedoc maréla « tromper au jeu » et marélaire « fripon, trompeur ».
Dans le jeu de marelles on fait des carreaux. C’est pour cela qu’on disait déjà au XVIIIe siècle à Alès maréla « vitrer »  mais il y avait aussi un sens  très  spécialisé : « distribuer le brin de soie sur l’écheveau de la roue à ce qu’il y fasse des losanges ».

Le dérivé marron étant relativement récent n’a pas été très productif  en occitan. Pour distinguer le marron comestible du  fruit du marronnier dit d’Inde à saveur très amère, les Languedociens et plus spécialement les Gardois ont créé le mot amarou et   amarounier, composé de amaru (amer) + marron.

Comme c’est souvent le cas, l’histoire des mots nous renseigne sur l’histoire des choses et sur l’histoire en général, je veux dire l’histoire des relations entre les hommes et les relations des hommes avec leur environnement.

 Par hazard j'ai trouvé uns liste des variétés de châtaignes cévénoles: QUI LES RECONNAIT ENCORE DE NOS JOURS??? Contactez-moi

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www.fordham