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Dictionnaire Étymologique Occitan
Robert A.Geuljans ©

ou HISTOIRES de MOTS OCCITANS

Capitelles et bories

 Il existe un site internet magnifique intitulé

LES NOMS DES CABANES EN PIERRE SECHE

par Christian Lassure

dont les photos et les définitions ci-dessous:

 

très fourni et bien documenté qui donne tous les noms de ces bâtiments en France. Pour notre département il en mentionne une demi-douzaine ( en rouge) :

cabane (f) : ce terme désignait la cabane de pierre sèche (à l'exception de la guérite) dans les causses quercinois au sud de la vallée du Lot; il se retrouve à plusieurs centaines de kilomètres de là, à Théizé-en-Beaujolais et au Mont d'Or lyonnais (Rhône), à Sommières, à Uzès et dans le massif des gorges du Gardon dans le Gard, à Gigean dans l'Hérault, à Cornillon-Confoux dans les Bouches-du-Rhône, à Gordes en Vaucluse (où il servait à qualifier les grandes nefs de pierre sèche du lieu);

L’origine du mot capanna, attesté depuis le VIIe s. avec le sens « cabane », est obscure.  Le mot est très vivant dans le Midi depuis le moyen âge  (La forme avec k + a  et le –b- entre voyelles montre  que le mot français cabane   a été emprunté à l’occitan.  La forme   chevanne (ça me rappelle quelqu'un...qu’on trouve dans plusieurs patois du Nord montre que l’emprunt s’est fait très tôt).
A Sommières, à Uzès et dans le massif des gorges du Gardon dans le Gard, à Gigean dans l'Hérault, le sens s’est spécialisé pour désigner ce qu’à Nîmes nous appelons les « capitelles »  Dans d’autres régions  la cabane désigne d’autres bâtiments, par exemple  une grande ferme en Vendée, une grotte  pour le fromage en Aveyron (cobono), le feu de St Jean en Franche Comté (parce que le tas de bois fait pour le feu ressemble à une cabane, en provençal  cabaneu),  et en provençal  cabano deis magnans  petite cabane de thym  de bruyère et autres arbustes que l’on dresse dans les ateliers de vers à soie  où celui-ci va faire son cocon.

baraque (avec un seul "r") (f) : francisation de l'occitan barraca, ce terme est employé pour désigner les cabanes en pierre sèche à Villeveyrac dans l'Hérault mais aussi dans le  haut Vidourle (Gard);

baracou (m) : francisation de l'occitan barracon, ce diminutif de barraca (littéralement "petite baraque") est appliqué aux cabanes en pierre sèche des causses de Blandas et de Campestre (Gard) et à celles de la commune de Saint-Félix-de-l'Héras dans le Larzac héraultais;

Voilà un autre mot dont l’origine n’est pas claire.  Les étymologistes pensent que c’est un emprunt à l’espagnol barraca  au 15e s., mais on le trouve en ancien occitan déjà au 14e s. et le dépouillement des manuscrits en ancien occitan est loin d’être complet.  Il pourrait s’agir d’un dérivé occitan de barra  « barre », parce que dans les premiers textes en ancien occitan, la  baraca  désigne des bâtisses en planches  construites pour l’armée qu’on brûlait à leur départ. (Un bon débarras !) Pendant la guerre de 30 ans (1618-1648 ; la période française dura de 1635 à 1648, intervention de Richelieu, bataille de Rocroi) le mot militaire a été introduit en allemand et puis dans les autres langues européennes.

capitelle (f) (l'orthographe capitèle est des plus rares) : cette forme francisée de l'occitan capitèl (masc.), employée en Ardèche, ou de capitèla (fém.), employé dans les garrigues du Gard, est attestée dès 1620 (sous la forme "cappitelle") en français notarial à Nîmes, où il désigne une cabane de vigne; propagé par les érudits gardois et ardéchois du 20e siècle, "capitelle" a connu un franc succès et une grande diffusion, supplantant totalement ou partiellement les vocables vernaculaires dans d'autres régions (ainsi dans les Pyrénées-Orientales, dans l'Hérault et dans l'Aude) et même tendant à prendre le sens générique de "cabane de pierre sèche" dans l'ensemble du Languedoc-Roussillon;

Latin tardif  capitellum, un diminutif de caput  « tête »,  signifie « chapiteau d’une colonne » et « téton » ( le français a fait la même comparaison plus tard, voir sous testa). Mais on  est resté conscient que c’était un diminutif de caput  qui signifiait aussi « chef, maître ». Ainsi nous trouvons en ancien occitan capdel  avec le sens «  chef, commandant, seigneur, maître, etc », cf. espagnol caudillo.  Au XVe siècle, il y  avait dans l’armée du roi beaucoup d’officiers  d’origine gasconne, notamment les fils qui étaient nés après le premier dans les familles nobles et à la cour ils étaient désignés avec la prononciation gasconne comme  des cadets.

Au XIIe siècle capitellum a été de nouveau emprunté au latin avec le sens « chapiteau », en ancien occitan  capitel   et à partir de ce sens, d’autres significations  comme  toiture d’un auvent, porche d’une église, petit hangar et même couvercle d’un pot, se sont développées. Ce que ces significations ont en commun c’est la forme arrondi du haut, du toit etc. Et nous voilà arrivé aux CAPITELLES  nîmoises 1620 d’après Lassure, également attesté dans la région de St.Etienne. Le mot capitelles  a eu un grand succès dans tout le Languedoc-Roussillon grâce aux érudits gardois et ardéchois au XXe siècle, tout en supplantant les mots locaux.

Capitellum  est également à l’origine du mot cadeau mais c’est une autre histoire

oustalet (m) : forme francisée de l'occitan ostalet, diminutif de ostal, "maison", ce terme désigne la cabane en pierre sèche dans les Cévennes gardoises et dans l'Hérault à Saint-Jean-de-Buèges

Dérivé d 'oustal, voir ce mot.

borie (f) : francisation du terme provençal bóri (masculin), employé au 19e siècle uniquement dans le sens péjoratif de "masure", de "cahute" (comme l'indique Frederic Mistral dans son Tresor doû Felibrige) après avoir désigné une "ferme" aux 17e et 18e siècles (ainsi que l'attestent la toponymie et les documents d'archives), le mot borie, pris dans l'acception nouvelle de "cabane en pierre sèche", a été popularisé par certains archéomanes provençaux de la 2e moitié du 19e et du début du 20e, pour habiller archéologiquement un objet d'étude purement ethnologique et par trop contemporain; ce contresens, qui réserve aux vestiges de l'habitat rural saisonnier ou temporaire une appellation qui ne s'appliquait qu'à l'habitation permanente, a été repris par Pierre Desaulle dans les années 1960 avec son livre "Les bories de Vaucluse" (3), par Pierre Viala dans les années 1970 avec son musée de plein air "Le village des bories" (4) et enfin par le Parc du Luberon dans les années 1990 avec son livre touristique "Bories" (5); la vogue du terme a même gagné le Périgord dans les années 1970, non sans y entrer en conflit avec l'acception d' "exploitation rurale", de "ferme isolée" auquel ce mot était cantonné jusque là dans cette région;

Etymologie voir boria

tine (f) : francisation de l'occitan tina, nom donné, dans la garrigue de Nîmes (Gard), au cuvier en maçonnerie couvert par une voûte auto-clavée servant d'entrepôt provisoire de la vendange ou de la récolte à olives Voir le mot tina