Accueil

 

Introduction Abréviations Bibliogr., Liens Les mots occitans:
A-E
F-K
L-Z
Index Français>Oc

L'occitan et le
Catalan;
Espagnol  Portugais; Italien Anglais ; Allemand: Néerlandais Basque Breton

Index Etyma Table des matières
Toutes les pages du site.
Si mon site vous intéresse, inscrivez-vous à ma lettre d'information
etymology of occitan

 

A B C D E F G H I J L M N O P Q R S T U V Z

Dictionnaire Étymologique Occitan
Robert A.Geuljans ©

HISTOIRES de MOTS OCCITANS

Toute information complémentaire sur les formes, les sens et les localisations des mots sera accueillie avec joie.

A

Abadalhar v.tr et v.r. "(s')ouvrir, faire bailler", voir badar.

Abadia "abbaye".. A Manduel il y a le Chemin de l'ABADIE. Comme la plaque est écrite en majuscules, j'avais un problème de la place de l'accent tonique. Pour moi il s'agissait manifestement d'une francisation du mot occitan abadia "abbaye", du latin abbatia. Mais mon informateur pour Manduel, m'écrit: "Abadié (en provençal), abadiè (en languedocien), ...A Manduel on prononce abadié, le contraire est aussi de pratique courante: beaucoup de noms se terminant par è sont prononcés é." Je pense que la majorité des Manduellois prononcent abadí comme ferait un Français. Cela reste à vérifier.

Petit problème : il n'y a jamais eu d'abbaye à Manduel.... Il pourrait bien s'agir d'une mauvaise francisation de l'abadier dérivé du verbe badar 'être ouvert' , français béer. Voir le verbe badar. D'après Mistral Badier est aussi un nom de famille provençal du latin baderius 'appariteur' , . Un sujet à approfondir.

Abajanir,v.tr. et v.r. "affaiblir; affadir l'estomac en parlant de crudités" cf. bajana

Abasanir, v.tr. et v.r. cf. basana.

Abelhana, abélïano, s.f. « mélisse, citronnelle », est un dérivé du latin apicula « petite abeille » > abelha "abeille" (P). A Manduel: en transcription phonétique. (Thesoc). La raison de cette dénomination est que cette plante est recherchée par les abeilles. En latin, il y a un dérivé analogue de apis "abeille" : apiastrum « mélisse ». D'ailleurs le mot mélisse vient du grec et signifie également abeille.
—Attesté à Alès, Castres, Périgord, Gers et HGaronne. 
Le guêpier, abelhièr, abelhòla ou avec aphérèse beïola (Hérault), appelé ainsi parce qu'il se nourrit principalement d'abeilles et de guêpes.

   

Abes m.pl. "balles de blé ou d'autres céréales" (St-Pons, Capestang), abets (Aude, Toulouse), a(w)ets (Hte-Haronne). L'accent est sur le a-. L'origine est un mot latin apex "sommet, pointe, tout objet de forme conique". Les attestations sont relativement rares, une vingtaine, et étendues sur une région qui va de l'Hérault au Gers, auquelles s'ajoutent probablement(1) les mots basques abotz "criblures" et agotz "balle de blé".
Je me demande toujours comment c'est possible qu'un tel mot latin avec un sens très spécifique a été transmis de génération en génération pendant 20 siècles, dans des villages qui sont tellement éloignés les uns des autres.
Le mot apex a été réintroduit dans le milieu des paleontologues pour désigner le sommet des coquilles de certains fossiles, comme les ammonites.

  

 

Abrigar, abriga, 1.v.tr. « abriter » généralisation du verbe latin apricare « chauffer au soleil » et au figuré "réchauffer quelqu'un sous son toit et à sa table".Dans l'expression abriga un ëfan "choyer, mitonner un enfant" (S) le sens est encore tout près de celui du verbe latin. 2. Depuis ca.1200 existe le verbe réfléchi s’abrigar ou s’abriar « se mettre à l’abri ».Le glissement de sens vers « (se) protéger » est commun à toutes les langues romanes.
La forme de l'ancien occitan  abriar, abrigar « couvrir, vêtir »  a été formé à partir du substantif abri, abric (Thesoc), comme fr. abriter de abrit.

Abrivada, abrivado « fête traditionnelle camarguaise pendant laquelle les taureaux sont amenés aux arènes ;

 

et : "poisson d’avril".

   
 abrivado"poisson d’avril".

L'abbé de Sauvages donne comme sens: "élan, ou mouvement subit avec effort de celui qui saute ou qui court", mais le prieur Seguier connaît à la même époque le sens « attaper quelqu’un le 1er avril » (SeguierI f.90r qui conjugue: l'ant abbriva; s'est laissa abbriva; l'abbriveront; vous abbrivara) et pour lui   l’abrivado  est un « poisson d’avril ». Pour Louis Rouquier (2e moitié 19e siècle) l' abrivado est une "farce"(Rouquier1).

Abrivado est un dérivé du gaulois *brivos « force, courage, vivacité », attesté dans les langues celtiques et en ancien occitan briu « impétuosité,  empressement ; valeur, force ; court espace de temps ; attaque » et languedocien briou « espace de temps », Aveyron brieu « espace de temps assez long » ou briu « étendue, espace », Manduel em briou  « longtemps ». Le verbe ancien occitan abriva, ou s’abriva signifie « (se) hâter, (s’)élancer »
En provençal de Barcelonnette le sens s'est spécialisé: abriva "goulu" et le verbe s'abrivar "se jeter brusquement sur quelque chose , sur des aliments en particulier."
La tradition camarguaise qui veut que « certains jeunes font tout ce qu’ils peuvent pour écarter les chevaux afin de voir s’échapper les taureaux ; tout ou presque est permis : jet de farine, feu, pétards, banderoles sortent de nulle part pour essayer d’effrayer les chevaux », se rattache bien au sens «mouvement subit " et " poisson d’avril ".
Dans la Notice des Travaux de l'Académie du Gard pendant l'année 1807 (!!) numérisé par Google, j'ai trouvé une description en vers par Madame Verdier de la Course Camargaise. C'est très amusant à lire. Cliquez sur l'image.

La famille de mots  *brivos est bien implantée dans le Midi, (cf. Alibert, s.v. abrivar et briu pour les sens et les nombreux dérivés). Français, espagnol, portugais et italien brio sont empruntés à l’occitan. Les patois d’oïl ont surtout repris le verbe abriver, embruer « lancer, mettre en train ».


   Par hasard je suis tombé sur le site www.herodote.net qui explique le pourquoi des " poissons d'avril " : Depuis près d'un demi millénaire, le 1er avril donne lieu en France et dans quelques autres pays à d'aimables farces surtout pratiquées par les enfants et leurs parents. Cette tradition semble remonter au roi Charles IX. Avant lui, en France, l'année calendaire commençait le 25 mars et, de ce jour jusqu'au 1er avril, les Français avaient coutume de se faire des cadeaux pour célébrer le passage à l'année nouvelle. Par l'édit de Roussillon du 9 août 1564, le roi de France décida de reporter le début de l'année au 1er janvier, sans doute pour s'aligner sur les pays voisins. Cette décision fut généralisée à l'ensemble des pays catholiques en 1582 par la papauté.
En souvenir des temps anciens, les Français n'en continuèrent pas moins à se faire des cadeaux "pour rire" à l'occasion du 1er avril. Comme le 1er avril coïncidait aussi avec la fermeture de la pêche, la période étant réservée au frai, des plaisantins auraient eu la bonne idée de lancer dans les rivières des harengs pour tromper l'impatience des pêcheurs d'eau douce ! De là, croit-on, l'origine des "poissons d'avril".
   Mais il y a d'autres explications : " On appelle Poisson d'Avril, un poisson de figure longue & menuë dont on fait une pesche fort abondante en cette saison, qu'on nomme autrement Maquereau : & parce qu'on appelle du même nom les entremetteurs des amours illicites, cela est cause qu'on nomme aussi ces gens-là Poissons d'Avril. " (Dictionnaire d'Antoine Furetière (1690.)

-ac suffixe d'origine gauloise. Le mieux que je puisse faire est de citer: Walter von Wartburg, Evolution et structure de la langue française. 6e éd., Berne, 1962. Page 24:
"Le type le plus caractéristique pour la Gaule c'est celui des noms en -ac dans le Midi, en -ai ou en -i dans le Nord. Juillac, Savignac; Juilly, Savigny: -ich en allemand Jülich; , -ik au Limbourg (NL) Blerik, Melik.
Le suffixe gaulois -acus exprimait, à l'origine, de façon assez générale, appartenance. On l'ajoutait p. ex. à des noms d'arbres pour désigner une forêt composée de telle espèce d'arbres, p. ex. Betulacum, de betula 'bouleau. Par la suite il fut employé aussi pour dénommer une propriété rurale d'après son possesseur: Brennacus, d'après le nom d'homme gaulois Brennos. Cette formation fut en vogue particulièrement sous la domination romaine. Voilà pourquoi la plupart des noms de lieux en -ac, en -ai et en -y contiennent dans le radical un nom de personne romain. Rien ne montre mieux l'amalgame des deux éléments en présence, le latin et le gaulois. Aurillac et Orly sont donc des propriétés d'un certain Aurelius: fundus Aureliacus. Beaucoup de nobles gaulois prenaient des noms romains; il est donc à peu près impossible de faire le tri des établissements d'origine gauloise et des fondations romaines dans l'ensemble de ces localités."

Acabar, v.tr. et intr. « finir » est dérivé du latin caput « tête », et au figuré : "bout, extrémité". En ancien occitan issir a cap " venir à une fin". Acabar comme français achever, a probablement déjà été formé en latin tardif. Voir également d'autres dérivés de caput : capitelle, ocobaïre "dissipateur, prodigue", capejar et caput

Acalar 1.  v.tr. « abriter, tasser , apaiser » en provençal; v.tr."abriter, héberger" 2.v.r. "se calmer (vent)" (NVelay).cf. calanca.

Acampar, v.tr. « ramasser, cueillir », en français .régional acamper (Lhubac) est un dérivé limité au  provençal et languedocien du latin ad + campus « champ ». Provençal (s’)acampa  « (se) réunir ». Dans la Camargue c'est le " rassemblement de la manade dans les marais. Les gardians doivent cerner les taureaux qui sont éparpillés dans le marais et qui essaient d'échapper à leurs poursuivants. Conduite de la manade pour le tri." (Lexique camarguais). A Toulouse ce verbe a pris le sens contraire « mettre en fuite » à   partir du sens « mettre le bétail dans les champs ». Le préfixe ad- rend les verbes transitifs ou ajoute au sens du radical la notion d’approche ou de direction (Alibert, p.39).

Acampada s.f., "ce qu'on ramasse en une seule fois, recueil". Acampado « réunion ». (En Camargue par extension, 'rassemblement des taureaux.')dérivé d’acampar.


Images du site: http://www.info-camargue.com qui contient un lexique !

Acantonar 1. v.tr. 'rencoigner, cantonner' 2. v.r.'se tapir, se blottir dans un coin ». est dérivé du latin canthus «1) bande de fer qui entoure la roue ;2) "angle, coin de l’œil".

 

Ces deux significations se retrouvent dans le grec kanthos, mais il semble que le grec a emrpunté le mot au latin. Peut-être y a-t-il un lien avec le mot breton kant "cercle". Mais Quintilien écrit que c'est en Afrique ou en Espagne qu'on appelle la bande de fer autour d'une roue cantus. Il y a peu d'attestations de cant(h)us et le mot pourrait être d’origine préromane.
D'après le TLF qui cite le Thesaurus Linguae Latinae, le mot est celte : "Du lat. canthus « bande de fer qui entoure la roue » prob. d'orig. celt. plutôt qu'esp. ou africaine comme l'indique Quintilien (Inst., 1, 5, 8 ds TLL s.v., 282, 83)." Je ne peux pas consulter le TLL, si quelqu'un a la possibilité, contactez moi.
Le passage du premier sens  vers « côté, le côté le plus étroit d’une planche » qui est conservé en ancien occitan can « côté, bord » comme en français de chant, et à Pézenas de cantels « posé de chant » est facile à comprendre, surtout si vous pensez à des roues pleines. Ce sens a été conservé en italien, espagnol et portugais canto, et dans les langues germaniques : le néerlandais kant "côté, bord; dentelle", l'allemand Kante et l'anglais cant " côté; bord; angle"qui n'ont pas été empruntés au français mais à un des dialectes du nord de la France, normand, picard ou flamand. (Voir L'Introduction pour l'évolution du c suivi de a ). Sur l'histoire de ces mots dans les langues germaniques voir par exemple le dictionnaire des frères Grimm sur le site http://www.dwb.uni-trier.de/index.html ou cherchez pour l'anglais le site de "The American Heritage Dictionary of the English Language".
Le français décanter, attesté depuis 1690 seulement a probablement été formé sur le latin des alchimistes decantare. La forme régulière se trouve dans le mot chant, le chant d'une brique, d'un livre, une scie à chantourner etc. attestée depuis 1155.

A partir du sens « côté étroit », s’est développé en occitan le sens « angle, coin (surtout en parlant d’une maison, d’une rue) » que nous retrouvons dans de nombreux dérivés : ancien occitan canton "coin" (12e s.), languedocien cantou « coin », ancien lang. cantonier « pierre qui lie deux murailles à l’angle » (Millau 1415), Aveyron contounat « ce qui est entassé dans un coin », recantoun, ricantoun "petit réduit dans une habitation" (Andolfi) et provençal /lang. acantouna « garder le coin du feu, se blottir dans un coin ». L'abbé de Sauvages donne cap de cantou "coin de rue".
Antoine Bigot, le poète et conteur nîmois:
S'assétè ou cantoun dou fiô,
Pér nous ésclarci la visto, ...(Voir le site de Georges Mathon http://www.nimausensis.com/Patois/LaFontaine1.htm pour le texte complet.)
A Montpezat un canton est une "pierre d'angle" , comme en témoigne l'adage "Per un bon maçon toti li pèiras fan canton". Une variante à Valleraugue (30570): Sap y faïre, touto peiro li fo contou"

A partir de « angle d’une rue » nous arrivons à languedocien . cantoú « carrefour »  et trescantou « carrefour de 3 rues ».
La Place des Treize Cantons à Marseille est un trescantou, dont le nom a été mal compris et mal traduit..

La place des 13 CantonsPlace 13 cantons

A partir du mot cantou, canton "coin", on est passé au sens "partie d'un pays" > " bout de terre, champ" et en fr.rég. a été créé le mot péjoratif cantounailles "recoins de terre peu propices" (Domergue)

Français canton "sous-division d'un département" introduit depuis 1789 est un emprunt à l'occitan plus spécialement au languedocien et c'est une extension de sens de canton « ensemble de sections de route ». Canton et cantonnier ont été empruntés au languedocien ou formés sur cantou « partie d'un pays », au 18e siècle. Il semble que c’est le marquis Henri de Carrion Nisas (1660-1754) de Pézenas (actuellement château Ormesson) qui a organisé l’entretien des

routes par « canton » dans le Languedoc et que ce système avec le mot a été ensuite adopté dans la capitale et la langue française. La proposition de loi qui divise la France en cantons (appelés vigueries jusqu'à cette date), a été faite en 1790 par Sieyès, un Provençal. Le seul doute qui subsiste c’est que les mots français n’apparaissent que bien plus tard dans les dictionnaires.

Allemand Kanton,vient de l'italien de Lombardie cantone à travers la Suisse.

Le mot néerlandais kanton a une autre histoire: Pendant l'occupation française des Pays Bas et de la Belgique à partir de 1795 et l'annexation pure et simple de 1810 à 1813,

   
L'empire français en 1812 et le roi Lodewijk Napoleon, qui a néerlandisé son nom

la répartition administrative française y a été imposée, notamment les départements, arrondissements, cantons et communes. Cette répartition est partiellement maintenue aux Pays Bas jusqu'à nos jours :
1)dans le domaine de la justice où nous trouvons des kantons et des kantonrechters littéralement "juge du canton", et des arrondissements et des arrondissementsrechtbank littéralement "cours de justice de l'arrondissment".
2) au niveau des communes et des circonscriptions de l'entretien des eaux et des digues, le nom kantonnier est encore utilisé dans certains endroits, pour le responsable de l'entretien des routes , ou des digues etc. Dans le patois de Maastricht par exemple un kanton est un partie d'une route, d'environ 5 km et un kantonneer c'est celui qui a la pelle et le balais à la main et doit l'entretenir

En Belgique par contre, l'organisation adminitrative en cantons, arrondissments etc. a été maintenue dans beaucoup d'autres domaines.

Acaptar, acatá 1.v.tr. ' ranger, couvrir '. 2. v.r. 'se baisser, s’accroupir, se tenir coi'. Pour des raisons phonétiques von Wartburg suppose une forme latine *coactitare « presser, serrer » à l’origine des formes occitanes et franco-provençales avec un –t-, comme p.ex. Lozère cata « couvrir » et acata « couvrir » attesté à Avignon. au XVIe siècle, languedocien acaptage, acatage « couverture », « vêtements d’hiver ». A St.André de Valborgne le catage s. m.sg. est "l'édredon".(.ALLOr-1023A). A Manduel, on invitait il n'y a pas si longtemps quelqu’un  qui sonnait à la porte ainsi : « achevez d’entrer, enlevez les acatages et remettez-vous ». (Manduel)
A la même famille appartient le mot recaptar, recatá « ramasser quelque chose qui traîne ».
Le sens du verbe réfléchi se recatá 's’endimancher;  se marier'(Manduel) n'a rien à voir avec le sens du verbe transitif! ! mais est lié au sens 'vêtements' du mot acatage
En français régional nous trouvons récate "provision de bouche; plat de résistance" que Lhubac explique ainsi : "ce qui a été mis de côté par précaution", et que nous retrouvons en ancien occitan recatar « cacher » (Avignon, 1465); recata (Manduel), lang. recate « économie, soin », et Millau cato-musso ' colin-maillard ' proviennent tous d'un sens "mettre de côté".
Est-ce que Gignac récaté "être mort" (Lhubac) s'est développé à partir du sens "couvrir"?
Le sens « se tapir comme un chat » (Andolfi) me semble de l’étymologie populaire en le rapprochant du mot cat « chat »).Cf. cachá
A la même famille de mots appartient Acapta, acato "terme de maçon; pierre de couronnement, celles qui forment le cordon d'un mur de clôture ou de terrasse; on le fait avec de grandes et larges pierres surtout pour affermir des murs en pierre sèche" (abbé de Sauvages). C'est la pierre qui couvre. Dérivé du verbe acatá.

Dans le nord de la France dominent les formes provenant d’un *coacticare. Voir aussi languedocien cachá « serrer ; casser en serrant ».

Aclapar, aclapá « couvrir de pierraille » cf. clapas.

Aclapo-mort « fossoyeur » cf. clapas.

Acoquelar, acouquéli 1.v.tr. "mettre en grumeaux"(Mathon), 2.s'acoquelir "se grumeler, se rapetisser"(Alibert) de l'occitan coquèl, du latin coccum. Latin coccum signifie "cochenille, excroissance d'un arbre"

Par analogie avec la forme de ces excroissances et sous l'influence du mot câouquïo "coquille" du latin conchylium, coccum a pris les sens " baie, noix, oeuf, coquille de la noix", et tout ce qui y ressemble comme languedocien coucou "bouton de rose" ou "oronge (un autre mot français d'origine occitane) en boule, non encore développé" ou "cocon du ver à soie", coquo "châtaigne". En languedocien a été créé un diminutif couquel "flocon, grumeau; petit enfant; femme mal mise", le verbe couquelá "mettre en grumeaux" et s'acouqueli "se mettre en grumeaux".

Afanar (s'), afaná (s'), afanamar (s')(M) « se fatiguer », "se hâter" (s'afana sens jamais entancha lou trabal Rouquier2 p.9),comme fr. ahan. On suppose un latin *af(f)anare "se fatiguer", mais ce sens n'existe ni en italien affanno ni en espagnol où le mot a le sens de "douleur, souffrance". Il n'est donc pas impossible que ce dernier est le sens d'origine, étant donné que l'évolution sémantique "douleur, souffrance" > "travail" est assez courante: latin labor (d'où français labeur) qui signifie d'abord "peine", et secondairement "travail", est de la même famille que le grec loobè "mauvais traitement, outrage"; français travail vient de tripalium "torture, souffrance" et le néerlandais arbeid et l'allemand Arbeit "travail", mais aussi "peine, douleurs de l'enfantement".

Ancien occitan afan s. m. a. 'effort, tâche pénible, peine, fatigue'; afanador n. m. 'homme de peine, manœuvre'; afanamen n. m. 'effort, travail'; afanar 1. v. tr. a). 'fatiguer'; b). 'produire (par son travail)' c). 'mériter' d.) 'faire souffrir, affliger' e). 'aspirer à, désirer vivement'. 2. v. pr. a.) s'a. alc. ren 'gagner (par son travail)' b.) 'se donner du mal' ...... etc. Allez voir le site du Dictionnaire de l'Occitan Médiéval . Pour chaque signification moult exemples! Quelle honte pour nos universités et CNRS occitanes.

Afatrassir, "rendre mou, lâche" v.r. "s'avachir" (Mathon ; Alibert ) composé de ad + fatras. Voir e dernier

Affenacé "ensemencé en pré" dans le Compoix de Valleraugue 1625: " Pièce du long du Vallat arrosable nouvellement affenacé contenant pred " . Provençal afenassa " ensemencer un champ en pré " Marseille afenassar, languedocien afénassa déjà chez l'abbé de Sauvages 1756 sont dérivés du latin fenum 'foin'. L'attestation du Compoix de Valleraugue est la première ! Le -e final pour le participe passé est bien sûr une francisation.

Ce n'est pas la même chose que français affener. (afenar et ses dérivés en languedocien, voir Alibert.) également dérivé du latin fenum. En occitan affenaje signifie " action d'affener " et affener signifiait autrefois " faucher " Voir le TLF.

Afloucá « « arriver en abondance » (Alès).cf. floc

Afrâira "associé" (Mathon) afrairar, afrairir "associer, affilier", v .r. "fraterniser" (Alibert), composé de ad + frater "frère". "Nostro rodo-cabtous, s'èrou afrairats à Cabestan"(Rouquier1,p.45).

Agancha "gagner, avancer" cf. gansa

Agansá "recevoir une giffle" cf.agantar ci-dessous et gansa

Agantar, agantá « saisir, empoigner », en fr.rég. aganter (Lhubac). Cette forme composée du préfixe latin ad + le francique want est limité en occitan à la région à l’est du Rhône et au languedocien, mais  il existe aussi en italien agguantare, en espangol, en portugais .aguantar « prendre » et en catalan agontar  « supporter ; durer ».

Les Romains, qui ne connaissaient pas cette forme de gant qui couvre la main et chacun des doigts séparément, ont emprunté le mot avec la chose aux Francs.

.       
Il faut pourtant remarquer que les plus anciennes attestations du germanique want désigne des gants sans doigts, comme encore de nos jours allemand Want et le néerlandais wanten . Plus tard, au moyen âge, le gant jouait un rôle symbolique important dans la transmission du droit de propriété  et les pleins pouvoirs dans le droit germanique.


 

Le mot occitan gan  comme l’it. guanto, le cat. guant, esp. et pg. guante ont été empruntés au français.
L’impératif  agante ! « prends, attrape » a  été introduit en français au 18e siècle comme terme de matelot en parlant du cordage. 
A Pézenas  le sens de aganta s’est spécialisé : « recevoir une gifle ».  La forme agansa attesté à Colognac, est née sous l’influence du verbe gansá « faire un nœud de ruban ; saisir, empoigner » qui vient de grec gampsos.

 Pas mal de noms de plantes font référence à la forme du gant :


    agant-minous « silene armeria»,     et          gantelet« campanule » .  

 

Sur l’histoire et l’évolution  du gant au sens propre comme au fig., voir Larousse 1866 s.v. gant et aganter.

Agassa, agaça "pie". Latin pica "pie" a été supplantée dans la majeure partie du galloroman par le nom germanique de l'oiseau agaza, à l'exception de Paris, le Champagne et la Normandie. En occitan agassa apparaît plus tôt qu'en langue d'oîl, ce qui fait supposer qu' agassa a été introduit en occitan par les Goths. Breton agas est emprunté au dialectes voisins.. Voir auussi darnagas "pie grièche". Comme agace "pie" est considéré comme un mot français, je vous renvoie vers le TLF

   
agassa                      agassin

Agassin, agaçin "cor au pied" est un dérivé d' agassa. La comparaison d"un cor au pied à l'oeil d'un oiseau est attestée depuis le VIIe siècle : oculus pullinus, "oeuil de poule", elle est encore utilisée en allemand : Hühnerauge. Les représentants de pullinus désignent des objets d'une utilisation courante et ils ont le plus souvent un sens qui se rapporte aux poules, comme par exemple languedocien poulinas "fiente de poules" (S). Cela est peut-être la raison pour laquelle on a remplacé la poule par la pie ou la perdrix. Agassin vient alors de agaza + -inus le suffixe de pullinus. L'expression complète oculus agazinus existe sous influence des langues voisines (néerlandais eksteroog, Suisse ägerstenaug) en Wallonie, dans la Meuse, la Moselle, le Doubs.. Le type agassin domine en franco-provençal et en occitan et son histoire se trouve décrite dans le TLF

D'après le Thesoc, dzasin (avec aphérèse) signifie "verrue" dans la Hte Vienne. A Nîmes et Montpellier le "sempervivum tectorum, la joubarbe des toits" s'appelle l'erbo deis agassins parce qu'il était utilisé contre les cors au pied et les verrues.Y aurait-il un peu de la théorie des signatures? On croit aussi qu'il protège contre la foudre.

          
erbo deis agassins in situ                                en fleur

Agas(t) "érable; érable à feuilles d'aubier". Étymologie : grec akastos "érable". D'après les dictionnaires agast n'est connu qu'en provençal et en ouest-languedocien. Il est donc curieux que le Thesoc l'atteste pour Chazelle dans la Charente : adzè, mais voir ci-dessous ajas. Le FEW signale le mot basque gaztigar "érable" qui pourrait être un emprunt avec un suffixe basque. L'abbé de Sauvages ajoute que le bois d'agas sert pour le charronage. Pour Mistral c'est "l'érable de Montpellier".
Ajas, ayas, ayar
"érable; érable noir; alisier", vient d'après Hubschmied, suivi par le FEW d'un gaulois *akaros "érable". Nous le trouvons dans le Sud-ouest (Deux-Sèvres, Charente, Saintonge; Tarn et Garonne, Lot, et Corrèze) et en franco-provençal Suisse, Dauphiné et la Drôme. Toponyme : Vallée d'Aoste : Ayas.

Agau. La rue de l'Agau à Nîmes tire son nom d'un canal qui "avait pour principal but d'alimenter les lavoirs destinés à la teinture et de faire mouvoir à son tour des moulins à blé qui, renfermés dans l'enceinte de la ville, pouvaient en cas de siège lui être d'un très utile secours." (http://www.nimausensis.com/Nimes/agau/agau.htm).

Agau vient du latin aqualis qui signifiait "cruche à eau" ; le sens "canal" est attesté depuis le 4e siècle.

Il est intéressant de noter que le mot aqualis comme adjectif signifiait en latin "qui a rapport à l'eau" et que ce mot s'est conservé spécialement dans le Gard sous la forme agyel ou ogyel avec le sens " vent de l'est" ou "vent du nord est" , c'est-à-dire le vent qui apporte la pluie.


L'observatoire météo du Mont Aigoual

Agreu "houx" voir grefuelh.

Agyel "vent de l'est ", voir agau.

Agraïo, agralho, agralhoun "corneille, choucas" voir gralha

Aigo "eau" du latin aqua. Voir aigardent. La forme aigue a été conservée en français aiguemarine = un béryl qui la couleur de l'eau marine et Aigues-Mortes, Aigues Vives

Aigardent, aigarden "eau-de-vie". Etymologie: du latin aqua + ardente " brulant, enflammé ". Le type occitan aigarden se retrouve en italien aquardente, catalan aigardent, espagnol aguardiente.

L'histoire de la distillation nous ramène très loin en arrière; il semble que les archéologues ont trouvé en Mésopotamie des alambics qui datent de-3500 ans


Alambic de Tepe Gawra (Irak) d'après Roget J. et Garreau Ch. 1990

et que la technique était connue en Inde au 3e millénaire avant J.-C.. Comme c'est le cas de beaucoup de connaissances et de savoir, ce sont les Arabes qui, arrivant à Alexandrie en 640, découvrent ces techniques et les font circuler peu à peu dans tout le bassin méditerranéen. Marcus Grachus, dit Marco Graco, un italien du VIIIe siècle, décrit la distillation du vin pour obtenir des eaux de vie, comme Geber (alchimiste arabe qui vécut de 730 à 804) à la même époque. L'alambic et l'eau de vie arrivent en Andalousie, puis se diffusent en Europe.

Pour l'histoire régionale:

Arnau de Vilanova, dit Arnaud de Villeneuve (médecin catalan de l'université de Montpellier, mort en 1311) décrit la fabrication de l'aqua ardens (eau ardente : macération de plantes et d'alcool) dans son Tractatum de vinis. Il est le premier à pratiquer le mutage à l'alcool (procédé arabe semble-t-il) pour améliorer la conservation du vin. Les templiers du Mas Deu de Perpignan généralisent ensuite le procédé. D'où le développement de vins doux naturels dans la région. Voir par exemple : http://www.languedoc-wines.com/fr/aoc_muscats_fiche.html


Arnaud de Villeneuve (Vilanova, Espagne)(Photo A.Guerrero)
"On remarquera que la statue a été amputée des deux mains. A l'origine, Arnaud tenait un livre dans une main et un alambic dans l'autre".

Voir aussi la Cartagène.

Et pouquoi eau-de-vie en français mais aussi en occitan, notamment en gascon : aygo de bito? Ces parlers ont adopté le calque (= traduction littérale) du latin aqua vitae, sous l'influence des alchimistes.Vers 1310 Maître Vital Dufour, prieur franciscain d'Eauze et de St Mont dans le Gers, puis cardinal, qui a fait des études de médecine à Montpellier vers 1295, a écrit un ouvrage de médecine, retrouvé à la bibliothèque du Vatican, dans lequel il parle des 40 (quarante !) vertus de l'aygo ardento ou l'aygo de bito, sans oublier de dire que l'abus d'alcool est dangereux.

Les alchimistes croyaient avoir trouvé l'élixir de longue vie. Maître Vital Dufour écrit: Elle aiguise l'esprit si on en prend avec modération, rappelle à la mémoire le passé, rend l'homme joyeux au dessus de tout, conserve la jeunesse et retarde la sénilité...M.Evin l'a-t-il lu?


mon aigardent préféré

Le Bureau National Interprofessionnel de l'Armagnac, installé justement à Eauze, a eu la gentillesse de me faire parvenir des photocopies aussi bien de l'édition du texte latin , de la transcription avec une police moderne et de la traduction en français. Il y a les quarante (40 !) vertus de l'Armagnac, du cognac, du marc de Bourgogne, bref de l'aigardent. Maître Vital doit s'y connaître, il avertit régulièrement que "l'abus d'alcool est dangereux".
Si vous voulez en savoir plus,, n'hésitez pas de suivre ces liens : Pages de titre du livre imprimé en 1531. Traduction du texte latin 1 , suite de la traduction. Si vous voulez le texte en latin, n'hésitez pas à me contacter.
Avec mes remerciements au Bureau National Interprofessionnel Armagnac, à Eauze(32).

L'abbé de Sauvages dans son article aigarden, écrit ." ...en termes des Halles du coco, du paf du tagaume etc.Le tafia ou rhum est de l'eau-de-vie du sucre."

Dans les dictionnaires d'argot je ai retrouvé le mot paf "eau-de-vie", mais cette attestation dans le dictionnaire de l'abbé de Sauvages est la première! et dans le Trésor de la Langue Française paf est seulement mentionné comme adjectif "ivre".

Aigo boulido  "potage à l’ail"SeguierI. "eau bouilli" (Mathon). Du latin aqua « eau » + le participe passé de l'occitan bolir du latin bullire "bouillir". Il ne m'est pas clair pourquoi l'aigo boulido désigne uniquement le potage à l'ail. Dans l'Aveyron boulido était "aliments grossiers, fruits etc. qu'on fait cuire pour les pourceaux", ailleurs une "Soupe préventive et currative contre la gueule de bois, les lendemains de fêtes.", c'est à dire après avoir négligé le conseill de Maître Dufour, voir ci-dessus aigarden!
En Provence il y a le dicton :"L'aïgo-boulido sauvo la vido"

Aigo de bito cf aigarden.

Aigo-saou "de la saumure et non pas de l'eau sel..." (S). Du latin aqua et sal. Voir ci-dessus et saou

Aigavers, aigovers "ligne de partage des eaux ; arête d'une montagne" déja attesté en ancien occitan, qui avait crée aussi le verbe aigaversar "faire le partage des eaux". Il y a quelques attestations du XIXe siècle et 146 sites (Google) en occitan moderne! Dans le Compoix de Valleraugue (1625) la forme a été orthographié aiguevers ce qui me semble une francisation. Etymologie aqua + versare 'eau' + 'retourner'. En ancien béarnais: "l'augabes a la part d'Ossau et deu port d'Anolhaas" Voir le Dictionnaire de l' occitan médiéval.


avec l aiguevers du Serre del col de Lunda

Aire, airiel

'avec plusieurs membres quarantes deux cannes cinq pans aire airiels trelhatz et pollallier du coté du couchant trente quatre cannes'
compoix Valleraugue1625 tome 2 page 26

Etymologie : latin area 'espace libre, sol uni'. Eira ou aira en ancien occitan signifie 'lieu vide et libre autour de la maison'( XIe siècle) mais déjà à la fin du XIIe aussi 'aire à battre le blé'. Plus tard a été créé le dérivé airée ou ayrie 'quantité de gerbes qu'on met en une fois sur l'aire pour la battre', yerado ou eyrado dans le Gard, et naturellement on s'en est servi pour désigner cet espace et le verbe enairá 'mettre le blé sur l'aire' .
Dans beaucoup de villages occitans nous trouvons une Rue des Aires".
La forme airiel, airiel du Compoix n'a été attestée nulle part ailleurs à ce que je sache, mais je pense que le destrador a voulu bien distinguer la place libre autour de la maison et l'aire à battre le blé.


le cercle est l'aire à battre le blé

Aissou "houe à lame triangulaire" (Taleyrac, commune de Valleraugue, octobre 2004).Un mot rare! Le mot le plus répandu est aissada, (ou aissadou à Taleyrac où les deux formes sont utilisées) par exemple dans le site du Musée Cévenol : "Le labourage emploie essentiellement les houes. Celle à lame triangulaire ou aissada est un des outils les plus répandus en pays cévenol, elle permet de retourner la terre, de l'égaliser, d'en briser les mottes, de tracer des raies et former des buttes. " Nîmes eïssade "sarcloir" (Mathon)


aissada
A gauche l'aissou de ma fille à Taleyrac à droite celui du musée de St.Jean du Gard.

Les deux mots appartiennent bien sûr à la même famille, dérivés du latin ascia "hache des charpentiers, erminette" et aussi "binette" et "truelle de maçon",.(On en a trouvé une à Faverges près d'Annecy :

mais les suffixes et les répartitions géographiques de ces deux types ne sont pas identiques. Le type ascia qui a abouti en occitan à aisso "hache des charpentiers, herminette" aisse en ancien français, esse "marteau de couvreur" en français moderne (absent TLF), et ses dérivés (par exemple ancien occitan aisset "petite hache" et aisela "herminette de tonnelier") se trouvent dans une aire allant de l'occitan jusque dans le nord-est du domaine d'oïl.
Le FEW suppose que la forme aissou est issue de la forme ascia + one qui est limitée à l'occitan et avec le sens "pioche" au provençal et au languedocien. Le mot aissoun est attesté en languedocien avec le sens "pic, pioche, hoyau, houe". La forme sans -n n'est attestée que dans la région du Mont Aigoual : Valleraugue oysou "outil pour faire des sillons", Camprieux oisou "outil de jardin qui a un tranchant d'un côté pour couper la motte, et de l'autre côté un fer pour arracher", St Hippolyte aïssou "meigle, marre , maille, chèvre" (dans un texte de 1798 avec le verbe aîssounà "labourer avec la meigle" ) et aisou "houe à lame triangulaire".

Dans cette région le chute du -n final est régulière: matin > moti , plein > plé. (Atger).


Aissada
"bèche, houe" d'un latin asciata participe passé du verbe asciare "travailler avec la houe", est attestée en ancien occitan depuis le XIIe siècle, et très répandue dans tout le domaine occitan, en catalan aixada, espagnol azada et portugais enxada, mais ne se trouve pas dans le domaine d'oïl.

Les deux mots aissou et aissado cohabitent à Valleraugue et désignent le même outil. Et ailleurs? A Trèves aousado a été donné pour "houe triangulaire", comme dans le Musée Cévenol cité ci-dessus.

Ajassar "coucher" v.tr et r. voir jas

Aja, Ajar "érable, voir ci-dessus agast

Alarmo "tocsin" (Mathon).Ce sens  est limité à l'occitan. C'est peut-être un emprunt de l'italien all'arme ! « aux armes  », mais il est plus probable qu'il a été   formé indépendamment. L'abbé de Sauvages signale que alarmo! est devenu une interjection de crainte, d'admiration ou d'étonnement comme ah! mon Dieu!

Voici le résultat de l'oubli de la langue occitane:

Albaran "cédule, quittance". Un mot trouvé dans des textes en ancien languedocien des 14e et 15e s. provenants de Nîmes, Montpellier et Béziers. Il est toujours vivant en catalan: albarà "document que normalment acompanya la mercaderia ... etc." (DE). Emprunté à l'arabe al-bara'a qui désignait "un privilège, un diplôme ou une quittance pour taxes payées".

.Alcavot voir arcabot

Alfasega voir aufabrego "basilic"

 

Amadiè (Palavas, Le Grau du Roi),  « varangue » n° 3 cf. madièr .

A mail, « bien sûr » (Nîmes ; Lhubac).  En ancien occitan amai  « avec, aussi ».  Cette expression limitée au provençal et au languedocien signifie « aussi, de plus, encore ». Il vient du latin ad + magis « plus, davantage ». Dans le Nord Velay amai est également conjonction " bien que" Cf.mai

Amalou, amalu « tête du femur»

Les mots embaluc, amalu, malu  signifient aussi « omoplate, hanche » et même « fesses » (omolu  en Ardèche). Dans le Nord Velay existeun un dérivé: malhon "tête du fémur". Le mot ne se trouve qu’en occitan et en catalan maluc « les os qui forment les deux parties du bassin ». Il vient de l’arabe ‘azmal –huqq « cavité articulaire ». La médecine arabe a eu beaucoup d'influence dans l'Occident. Si vous voulez savoir plus sur l'influence de la médecine arabe en Occident, vous pouvez consulter un des 5580 sites internet ou par exemple; le livre de Danielle Jacquart et Françoise Micheau "La médecine arabe et l'Occident médiéval"
D'autres mots qui viennent du même étymon : Lozère  demolukat « déhanché », Nord Velay s'esmalhonar "se déboîter la tête du fémur, se déhancher", Languedocien (Gard, Hérault), amalugá « meurtrir de coups ». Dans amalugá l’élément –mal-  a été interprété comme le mot mal « douleur », ce qui a donné à Alès s’amaluga, Nîmes "cogner" (Mathon) et en français régional s'amaluguer "se cogner" (Domergue).

Notez que le mot amalou ou lamalou désigne aussi des "grottes". L'évolution sémantique "cavité articulaire" > "cavité" > "grotte" ne pose pas de problèmes.
Dans le site de la CLPA je trouve: "Quand il s’agit de résurgences ou de cavités s’ouvrant près de sources, de mares ou en bordure de cours d’eau, c’est bien évidemment ces lieux qui ont influencé la toponymie des cavités. Grotte du Lamalou (Brissac, 34) : Le terme de Lamalou désigne partout un cours d’eau ou un lieu proche d’un cours d’eau. Celui-ci était désigné en 1332 comme suit : " riperia da Amalo ; rivo de Amalo ". Ces noms semblent probablement provenir d’un terme hydronymique incertain lamalo ou amalo d’origine inconnue à ce jour." http://membres.lycos.fr/clpa/etymologie.htm

Dans le site perso: perso.club-internet.fr/ jmmag/leravin.htm il y a quelques images de la riviere Le Lamalou qui se trouve à quelques km au nord de St.Martin-de-Londres:

                

plein de grottes et de cavités qu'on appelle maintenant des "marmites", autrefois des "amalou"?.

Dominique Ros le webmaster du site http://membres.lycos.fr/clpa/etymologie.htm m'a donné les spécifications suivantes: Pour " ; rivo de Amal riperia da Amaloo " en 1332 in "Cartulaire de Maguelonne" publié par J. ROUQUETTE, 6 vol, Montpellier, 1912-1927 J'ai également "Raimundi de Amalo" en 1204 in "Cartulaire du chapitre d'Agde publié par O. TERRIN, Nîmes, 1969 "

D'autres chercheurs supposent des étymologies celtiques ou prélatines, mais connaissent-ils le mot languedocien amalu?et son étymologie

Amalugá, s'amalugá voir amalu

Amargan « amer », fr.rég. amergan (Lhubac) Le -e-est dû à l’influence du fr. amer). Un mot languedocien qui continue une zone ibéro-romane : esp., cat. amargant. Créé à partir du part. présent du verbe latin amaricare « rendre amer ». Italien amaricare. 

Amargot "pie" (Pézenas) cf. margot.

Amarinier "(souche d'- )osier", amarina "osier". Du latin amerina "osier " adjectif formé sur le nom de la ville Ameria, maintenant Amelia, en Ombrie, une centaine de km au nord de Rome. Cela me laisse pantois, qu'un mot bien connu des Romains, Virgile, Pline etc. survit uniquement dans un grand domaine du sud-est du galloroman, de la basse vallée du Saône jusqu'à la mer, et est inconnu en dehors. Comment c'est possible? Je n'ai pas d'explication. Il est attesté en ancien occitan depuis 1204 et il y a de nombreuses attestations dans les patois modernes. Le remplacement du -e- par -a- s'explique par l'influence du mot amarus "amer", parce que l'écorce des saules contient une substance amère utlisée comme fébrifuge depuis l'antiquité.
Il y a beauoup de dérivés comme par ex. amarineto "peti brin d'osier", amarinà "assouplir, tordre; amadouer" etc. qui s'expliquent facilment.

D'après Pouzolz, le saule s'appelle saouse dans le Gard, mais c'est un gallicisme. Dans le Compoix de Valleraugue (1625) c'est amarinier.

Amarou “marron d’Inde” (Gard). Composé du préfixe a- + marron.  Marron est un dérivé. d’une racine préromane marr- « pierre, caillou ». Voir ici marela.  Marron a été emprunté à l’italien avec l’introduction de cette variété de châtaignes au 16e s. dans la région lyonnaise.  Le mot amarou et le dér. amarouni « marronnier d’Inde » est limité au Valais et Genevois en Suisse, la Hte Savoie les Htes Alpes et le Gard. Le mot est peut-être  formé avec  amar « amer » comme  Gard , Hérault amarou(n) « lathyrus alphaca, esp. de gesse » ou plus précisément « sorte de gesse dont la semence mêlée avec le blé communique un goût amer au pain ». Quoi que, dans notre région, ce n'est pas le seul exemple où un a- précède la racine : p.ex. à Mende amouros d'aze "mûres de ronce"; agriotto "cerise griotte".Alès, Nîmes aroundze "ronce", aglan "gland" (Joblot).Vous trouverez plus de renseignements sur châtaignes et marron en cliquant sur ce lien.

Amata,  v.r. « se cacher derrière une touffe, se dissimuler, s’accroupir » cf. mato « touffe » 

Amb "avec". Une visiteuse m'en demande l'origine. J'ai répondu: Bonjour, amb "avec" est limité au galloroman et au catalan amb; ab. Il vient d'un latin apud "près de". Comme c'était un mot fréquent il a subi pas mal d'usure et pris différentes formes en occitan et il a été combiné avec d'autres prépositions. Par exemple dambe dans la Haute Garonne. L'histoire de la forme est assez compliquée. En ancien français c'est devenu od attesté jusu'au XVIe siècle pour être remplacé par avec d'un latin populaire *abhoc. Dans toutes les autres langues romanes c'est cum qui s'est maintenu. Mais vous savez certainement que les Français n'aiment pas les con-s, ni les mots qui commencent avec ce préfixe, comme consensus, compromis, etc.
Avec mes amitiés,

Amenlier "amandier". Dérivé de (a)menlo "amande". Etymologie: le latin a emprunté au grec le nom de l'amande amygdala qui dans la forme amiddula s'est conservée dans quelques patois des Pyrénées : amelha, dans une zone qui se rattache au catalan et à l'aragonais. Pour le reste de la Galloromania on trouve des formes qui viennent d'un étymon *amyndula dans les parlers occitans et d'un étymon amandula dans les parlers franco-provençaux et français. Le groupe de consonnes -ndul- > -ndl- a abouti à abouti à -nd- à l'est du provençal et à - nl- ailleurs. -nl- ensuite > -ll- ( > -l-). Par ci-par là, le a- initial est rattaché à l'article par aphérèse : menlo "amande". Amygdala a subie de nombreuses transformations dans les parlers galloromans et ailleurs, mais elle est présente dans presque toutes les langues. Voir http://translate.reference.com/browse/almond
Ametlier "amandier". Cf. amenlier. Ametlier avec un -t- est une orthographe "classique" (Alibert) qui ne correspond à aucune prononciation occitane. (Voir Thesoc). Je pensait qu'il s'agissait d'une faute de frappe qui avait échappé au correcteurs, mais qui restait "officielle". Eh, non ce n'est pas une faute de frappe, mais une règle! A la page 20 de son Dictionnaire Alibert écrit : "Quand ll dérive de tl, dl, ld on note tl." Cette règle est étymologisante. Dans l'introduction il écrit que son orthographe reflète la langue littéraire, qui supprime toutes les variantes locales. C'est une possiblité, mais de cette façon beaucoup de domaines de la vie et par conséquent d'écrivains, sont exclus. L'écriture de l'occitan est réservée à une élite. C'est pourquoi je conseille à tous les autres d'écrire l'occitan comme ile le parlent. Voir ma page Comment écrire l'occitan.

A la font de Nimes
I a un amenlièr
Que fa de flors blancas
Coma de papièr

Aquelas flors blancas
Faran d'ametlós
Per remplir las pochas
De ieu e de vos.

Pour la mélodie cliquez ici.

Anar "aller". L'étymologie de ce verbe typiquement occitan n'est très claire. On suppose une base *ambitare "entourer; tourner, aller autour", qui aurait aboutie à andare, attesté en latin médiéval du 9e siècle, mais le passage de -nd- à -n- n'est pas conforme aux règles de la phonétique historique de l'occitan. Le verbe anar est employé en occitan avec les mêmes sens et fonctions que le verbe aller en français.

Anca "hanche; fesses". J'étais étonné que l'informateur pour Manduel de l'Atlas linguistique avait traduit 'fesse' par anca qui normalement signifie "hanche", mais anca, anco "fesse" est assez fréquent en languedocien. Alibert donne aussi ce sens, ainsi que les dérivés ancal, ancada "fessée" (déja chez l'abbé de Sauvages : ancado), ancalhar "fesser; marcher avec peine" et l'adjectif anquier "qui joue des hanches" au figuré: "débauché"!
L'origine est le mot germanique *hanka "hanche", qu'on peut déduire d'un moyen néerlandais hanke et de l'allemand Hanke "hanche; croupe du cheval". Le mot a été introduit en latin à une époque ancienne. Les étymologistes se sont demandés POURQUOI? puisque le latin avait le mot coxa pour désigner cette partie du corps humain.
Ils ont trouvé l'explication suivante: le mot femur "cuisse" était devenu homonyme dans la prononciation de fimus "fumier".> femus, femor. Une phrase comme "Oh, euax, bella femora !" pouvait signifier " Oh la la, les belles cuisses" ou " Oh la la, les jolis tas d'immondices". Dans certaines situations cela résultait dans une gifle. Pour l'éviter on se servait du mot coxa aussi bien pour désigner la hanche que la cuisse, mais ce n'était pas une solution satifaisante dans d'autres situations. Or les soldats romains qui s'étaient battus contre les Germains distinguaient bien les blessures de la hanche de celles des cuisses et ils connaissaient le mot germanique hanka "hanche" qu'ils ont introduit dans la langue populaire.


coxa                                                          fimus                                 femur                        hanka

Les mots qui désignent les parties du corps n'ont pas toujours un sens bien précis, par exemple gorge dans soutien-gorge. Dans le TLF je trouve une vingtaine de synonymes pour "fesses" : derrière, fessier, cul, postérieur, croupe, etc. dont hanche. Par pudeur? en français peut-être, mais d'après le Thesoc c'est le mot courant dans les départements du Gard, de l'Hérault, de l'Aude et de l'Aveyron, avec quelques attestations ailleurs. Il faut noter que dans l'Aveyron et la Lozère on a maintenu le représentant de coxa ou s'agit-il d'un gallicisme?

Andronne, androune s.f. "ruelle": "petite androune et égouts entre deux maisons" (Compoix de Valleraugue tome 1 -68), androna s.f. d'après Alibert, qui donne aussi la forme andron s.m., mais le masculin n'est attesté nulle part en occitan, sauf par l'abbé de Sauvages (francisation?) Le sens "tour de l'échelle"(= Servitude qui donne au propriétaire du bâtiment auquel est dû le droit de placer une échelle sur l'héritage du voisin pour réparer son mur. On nomme aussi androun "tour de l'échelle" un espace d'un mètre au-delà d'un mur de clôture (d'après Littré), repris par Mistral qui donne en plus les diminutifs androunasso "ruelle immonde" et androuneto "petite ruelle". D'après lui Androun est un toponyme (près d'Aimargues) et un nom de famille provençal.

androune à Valleraugue et à Manduel

A voir : un site sur les Bastides dans le Lot et Garonne: http://bastidess.free.fr/doc-andr.htm avec une photo d'androne à Monflanquin.
Etymologie : il s'agit du mot grec , l'accusatif de un dérivé de "homme". La forme androna se trouve aussi dans des textes en latin du VIIIe au XIe siècle. Si vous voulez tout savoir suivez ce lien vers la page de Du Cange! Du latin facile! En galloroman androna est limité à l'occitan. Le français a emprunté la forme latine andron au XVIe siècle pour décrire l'habitation chez le Grecs anciens.
En grec désigne d'abord "l'appartement des hommes" et puis des “couloirs où les hommes discutent entre eux”: ut gynaeceum a mulieribus "comme les femmes dans les harems", écrit Festus (premier siècle). On peut deviner facilement pourquoi les hommes allaient dehors, dans les passages entre les maisons pour "discuter". Le résultat a été que dans quelques patois l' androune désigne les "latrines". Le sens "ruelle, cul-de-sac" est également attesté dans les textes latins à travers tout le moyen âge et il est encore vivant dans le nord de l'Italie où il est féminin (d'où viennent la plupart des auteurs cités par Du Cange), comme chez nous et en catalan androna. En italien moderne androne est masculin comme en latin et en français et probablement un emprunt tardif.. Voir le Dizionario etimologico.

        
Deux images d'un gynaeceum. Vous comprenez pourquoi les hommes partaient en mer ?

Le"tour d'échelle" est toujours d'actualité:

Anglada "angle, crête; contenu d'un angle, coin de terre" Dérivé avec le suffixe -ata du latin angulus "angle, coin". Ce suffixe ajoute très souvent la notion de "contenu" à la racine. Attesté dans le Compoix de Valleraugue anglade, englade.

Anolh "agneau d'un an"(Alibert) cf.anoublo.

Anona, annona "blé". Au début du XIIIe siècle, Peire Cardenal, témoin et acteur de la résistance à la Croisade contre les Albigeois, a écrit un Sirventes , intitulé :

Vertat e drechura contre falsedatz e desmezura (texte complet)

Aras es vengut de Fransa            (A présent est venu de France)
Que hom non somóna
                              (cet usage de n'inviter)
  Mas sels que an aondansa
       ( Que ceux qui ont en abondance)
  De vin e d’anóna,
                                               (du vin et du blé)
  E c’om non aia coíndansa
          ( et de ne plus avoir de relations)
   Ab paubra persóna,
                                     (avec les pauvres gens)
   Et aia mais de bobansa
                (et que celui qui s'affiche le plus)
   Aquel que meins dóna,
                      (soit celui qui donne le moins)
   E qu’om fassa major
                                ( Et que l'on fasse maître)
   D’un gran trafegador
                                          (un grand intrigant)
    E qu’om eleia-l trachor
                              (Et que l'on elit un traître)
     E-l just dezapóna,
                        (et déstitue le juste) (Lien et source)

Anona vient du latin annona "récolte de l'année, provision de céréales". (FEW XXIV, 610a-611b), qui n'a été conservée qu'en galloroman, mais a disparue dans le domaine d'oïl depuis le XVIe siècle. En occitan et en franco-provençal anona est vivant jusqu'à nos jours et le sens a évolué comme celui de blat "blé, seigle" (du germanique *blad) en devenant plus spécifique : "céréale en général" > "froment" ou "seigle", etc. suivant ce qu'on cultive dans une région. Dans les formes locales, le a- initial disparaît parfois par aphérèse (rattaché à l'article l-), comme à Marseille nonarié "marché au blé" (M).
Toponymie. La forme occitane anoniera "magasin de blé" est à l'origine des noms de lieux comme Nonières (Ardèche) ou Les Nonières (Drôme). Le FEW remarque également que Mistral a peut-être raison en rattachant le nom de ville Annonay (Ardèche) à cet étymon.

Anoublo "taureau d'un an" (Camargue). Attesté en occitan depuis le 16e s. Du latin annuculus (une transformation de anniculus) qui aurait dû donner anoulho forme attestée e.a.dans l'Aude, La terminaison -bl- s'explique par contamination du mot doublo "pouliche ou génisse âgée de deux ans".

Il est évident que c'est la notion "agé d'un an" est centrale et que le mot s'applique à d'autres animaux, suivant l'élévage local: anolh (Alibert)"agneau d'un an" et ailleurs, "chèvre, vache d'un an" . Dans l'agriculture "jachère".

Anoublière "vache qui a eu un veau une année auparavant" Dérivé en -aria de anouble.

Apilar "appuyer; soutenir, étayer", v.r. "s'enraciner". Ce composé de a- + pila + are (pila "pilier") est un verbe provençal, est-languedocien et franco-provençal. Le substantif qui exprime cette action est normalement apilatge et un "étai" est un apialou (Alès). Dans le Compoix de Valleraugue nous trouvons le mot apillement qui est moitié occitan moitié français, attesté nulle part ailleurs..Alibert donne apilament avec le sens "empilement".

Arapar "saisir, enlever" voir rapar; arapoman

Arcabot “libertin”.(M) Un mot languedocien attesté dans de vieux textes occitans des 13e et 14e s.avec le sens "maquereau" Il nous est venu du catalan alcavot, alcavota (m. et f.) "mitjancer, encobridor, de relacions sexuals considerades illícites" (DE) d'un mot arrabe al-qawwad "entremetteur" devenu al-qawwod dans la prononciation arabe populaire, passé dans l'espagnol alcahuete et le portugais alcaoite.

Arcana "craie rouge, ocre rouge, sanguine, oxyde rouge de mercure". L'étymologie est le nom d'une plante, le "lawsonia inermis", appelé henné en français moderne, Henna ou echte Alkanna en allemand, un arbuste de l'Orient dont les feuilles servent à fabriquer un colorant rouge depuis la nuit des temps. Le nom de cette plante est hinna en arabe et au XIIe siècle ce nom a été latinisé par Gerardo di Cremona (1114-1187) en alchenna.Il a été vulgarisé par les médecins dans les langues romanes.


henné, henna ..................lawsonia inermis.................. alkanna tinctoria

En ancien occitan lediminutif arcaneta a été donné à une plante locale, "alkanna tinctoria" orcanette en français moderne qui donne une couleur comparable ( or- au lieu de ar- probablement sous l'influence du mot or).
Dans notre région et en franco-provençal le mot sert aussi à désigner "l'ocre rouge" dont se servent les charpentiers pour marquer les poutres et les marchands de bestiaux pour marquer les bêtes. Un néerlandais occitanophone (oui ça existe !) m'écrit :"arcana" èis un mot coneissut en Droma per desinhar lo marcaire roi de fias (fedas);
Beaucoup de dérivés sont attestés dans la région de Loriol et de la vallée de la Drôme, comme arcanayre "ouvrier employé aux mines de fer", arcanœyro "coloration en rouge" et arcana "marquer à la craie rouge", mais je pense que ces mots existent également dans la région de Roussillon.


Les carrières d'arcana à Roussillon

Arcanattes, avoir les arcanettes "le sang qui monte à la tête" fr.rég. Andolfi ajoute que dans le Midi on a souvent les arcanettes à cause du tempérament méridional.


Elles pètent les arcanettes

 

  cf. argela .

Argela, argala “ajonc (ulex parviflorus ); genêt épineux (genista scorpius)” vient de l’arabe al ğaulaq « ajonc ». Il est curieux qu’une plante sauvage  et indigène a tiré son nom de l’arabe, mais sens et forme correspondent. Attesté en latin en 1308 argilax. Les formes du Gard  argala avec –g- au lieu de  -j- ou –tš restent inexpliquées. Par influence du nom d’une autre plante ? En  cat. argelaga.

La Seyne argeiras Genêt épineux, Ajonc de Provence, ou Calycotome épineux (Calycotome spinosa)

A propos de cette étymologie de von Wartburg, le spécialiste Florent Dieterlen du basque m'écrit:

"Bonjour, J'ai vu dans votre site l'étymologie de argela, qui viendrait de l'arabe. J'ai déjà vu cette explication (chez Corominas, dans le FEW ou ailleurs?), mais elle ne me convient pas. En effet, ce mot et ses variantes se retrouvent dans des dialectes jusque dans les Alpes, la Sarthe, les Côtes du Nord, l'Italie. Or je ne vois pas une ancienne influence arabe là-bas. Je propose le mot basque arkatx=buisson. Vous me direz que le basque non plus n'allait pas jusque là. Eh bien si. Je fais depuis dix ans une thèse à l'Université de Lausanne sur le sujet, et retrouve des mots basques dans toute la France et l'Italie, ce qui est amplement corroboré par la génétique des populations. Vous pouvez voir une vieille version de mon travail en tapant: florent dieterlen basque dans google. Cependant, je ne suis pas satisfait à 100% de cette étymologie là, et serais ravi si vous trouviez autre chose de mieux. Meilleures salutations, Florent Dieterlen

Pour le moment je n'ai pas trouvé mieux. Pour ceux qui s'intéressent à l'influence du basque notamment dans l'occitan, je conseille vivement de suivre son conseil. Captivant!

Armas" terre négligée, ou inculte" voir herm. Au figuré un "faineant" est quelqu'un qui "ne fait pousser que des armas" (And).

Arrapar "saisir, enlever" voir rapar

Arrapoman "gallium arapine" voir rapar

Arseilhera ou Arsagaia "sagaie, zagaie". D'après Covès l'arseillère est "une drague composée d'un rateau combiné à un filet, fixée à une longue hampe". Voir l'article Sagaie

Artéguer semble être la forme en français régional (Lhubac; Domergue) de l'occitan artelhar "marcher vivement" (Alibert), artela en provençal (M) dérivé d'artalh "orteil", le représentant du latin articulus "articulation, jointure, noeud; doigt, orteil", un diminutif de artus "membre". La forme occitane a dû subir l'influence de verbes comme bouleguer "remuer, tourner" en passant au français régional. Dans tous les dictionnaires patois nous trouvons la forme avec un -y- arteya(r). Le sens varie suivant les localités. A Alès et dans le languedocien de l'ouest le sens de s'artelhar est "se heurter les orteils" et de là "trébucher", au figuré "s'embrouiller en paroles", mais en allant vers l'ouest, dans le Gers un artilhaire redevient un "bon marcheur > un commissionnaire".

Je n'oserais prétendre que pour les gens du Midi "remuer les orteils" est la même chose que "marcher vite"... Il doit s'agir du maintien du sens "articulations, jointures".

                                                                                                      
                                                                       elle a artégué..

 

Ase “âne” du latin asinus.  Les deux fomes asinus et asilus se retrouvent dans presque toutes les langues européennes. Voir à ce propos le dictionnaire allemand des frères Grimm. Anglais ass "bête de somme", probablement par l'ancien celte *as(s)in "âne" également du latin asinus. Composé asshead "tête d'âne" = stupide. Ne pas confondre avec ass "cul"!!

Un âne à la recherche d’ amourous d’ase ou de pam blan d’ase pour se farci l’ase ?
 
Mais attention au musco d’ase !

La forme ase qui est propre à l’occitan et au catalan, s’est maintenue en  languedocien et en catalan qui forment une grande zone. En provençal  il y a eu une évolution ase > ay attesté  depuis 1530.Voir pèbre d'aï.  En gascon c’est la forme ásou  qui domine.  Dans les patois de la langue d’oïl, le franco-provençal  et le nord-occitan on ne trouve que  la forme asne devenu âne.  

 L’âne jouait un rôle très important dans la vie de tous les jours. De nombreux sens se sont développés par métaphore ou métonymie. Pour ceux qui s’y intéressent je ne peux que renvoyer au FEW vol.25, pp.437-457 (en français !). Je me contente de donner ici quelques expressions et métaphores languedociennes puisées dans la documentation extrêmement riche de la refonte du vol.1 du FEW.

L’homme pense qu’un âne est stupide : bèstio coumoun àse ; Alès ase « sot, ignorant, imbécile, butor » asénas « grosse tête (au fig.) » ; en Lozère asená « faire l’âne » ( voir aussi vié d'ase ) et obstiné : Gard testo d’ase « tête dure ».

Basacle, le Basacle, lieu situé sur la Garonne à Toulouse. (Wikipedia) et fameux par son moulin mû par les eaux du fleuve. Alasan de Basacle, alezan du moulin, un âne (Jean DOUJAT, Dictiounari moundi, 1638, réimp. Toulouse, 1895, 242 pages ; p. 298). Rossin del Basacle, âne (G. VISNER, Dictiounari moundi, 1638, réimp. Toulouse, 1895, 242 pages ; p. 212). Es un ase del Basacle, c'est un crétin qui ne comprend rien. Es estudiant al Basacle, c'est un garçon meunier, un âne, un ouvrier posant pour l'écolier, etc. Enfin, mòl pas tant qu'al Basacle, il n'y a pas tant de travail que ça - on n'y moud pas autant qu'au B. (G. VISNER, Id., p. 36). Que s'enane al Basacle, qu'il s'en aille paître 119.I.238. Trimar coma l'ase dal Basacle, travailler dur comme l'âne du B. (A. MIR, Glossaire des comparaisons populaires du Narbonnais et du Carcassez, 1882, rééd. Carcassonne, GARAE, 1984, XV + 133 pages ; p. 18). Aquò sembla lo Basacle, c'est une cohue, un bruit étourdissant. Veja aquí tot son basacle, voilà tout son mobilier. N'i a un basacle, il y en a une grande quantité. (Abbé VAYSSIER, Dictionnaire Patois-Français du département de l'Aveyron, Rodez, Société des Lettres, Sciences et Arts de l'Aveyron, 1879, 656 + XLIII pages ; p. 44). Ce moulin disparut dans un incendie en 1814.

« Chevaucher l’âne » par contre est ridicule : mountá  sus l’ase « cérémonie infamante qui consiste à monter une personne sur un âne, la figure tournée vers la croupe et tenant la queue dans les mains en guise de bride » ce qui se faisait surtout pour des maris battus par leur femme! Cette cérémonie s’appelait asenado.  Sur internet j’ai trouvé un site qui donne de plus amples renseignements sur le « charivari » en Poitou. D’ou cette image :

    
S’agit-il d’une vieille tradition romaine ? Ci-dessus une mosaïque à Meknes au Maroc (de quel siècle?.)

Pour "remettre à sa place" les membres d'un couple, les villageois n'hésitaient pas à promener le mari sur un âne, placé à l'envers, comme le rappelle R.M. Lacuve ou Joël Thezard dans le dessin, ci-dessus, le tout avec force bruit et commentaires.

Dans le site http://www.alyon.org je trouve: "Le charivari Il se déroulait si une veuve ou un veuf se remariait avec quelqu'un de plus jeune, si une jeune mariée avait été un peu volage pendant sa jeunesse se mariait, ou si elle était enceinte, si le marié avait déjà eu un enfant et se mariait, ou encore si il y avait une très grande différence d'âge ou de fortune, en fait chaque fois que le mariage était considéré comme hors norme par la communauté, c'est-à-dire chaque fois que le couple, sans violer la loi officielle, avait transgressé les us et coutumes de la morale villageoise. On faisait un charivari qui pouvait s'entendre à plus de deux kilomètres. "On sonnait ou on cornait le charivari pendant un mois tous les soirs".

Un visiteur m'envoie ses notes très documentées sur une tradition du Lauraguais, corre l'ase: "A Castelnaudary nous constaterons, depuis le XVIe siècle, la fête du Corre-l'ase qui s'est perpétuée presque sans interruption jusqu'en 1870. Le Corre-l'ase avait lieu le jour du Mardi gras. On promenait sur un âne un mannequin de paille que l'on brûlait, le lendemain... Jusqu'en 1870, les organisateurs de la fête du Corre-l'ase formaient une confrérie parfaitement organisée... L'usage des Corre-l'ase était très répandu dans le Lauraguais". 99.10. "...divertissement en usage le jour du mardi gras appelé corre l'ase, quand un mari se laisse maltraiter par sa femme" Revue Folklore, Carcassonne,1971.2. n° 142, p. 12, René NELLI, L'essai historique de Castelnaudary de Jacques de Gauzy (1780) ; Cf. idem, 1949.4. n° 57, p. 77, André AZAÏS, Société asinienne à Castelnaudary en 1867 ; Ibid., 1950.1. n° 57, pp. 13-17, H. AJAC, Courses de l'âne en Lauragais, Exemples pour 1680 et 1775 au quartier de la Baffe, à Castelnaudary.

"A TOULOUSE les Corre-l'ase firent fureur ; Vestrepain, dans la première moitié de ce siècle [le XIXe], écrivit souvent des chansons de Corre-l'ase". (JOURDANNE Gaston, Contribution au Folk-Lore de l'Aude, deux tomes 1899 et 1900, rééd., Paris, Maisonneuve et Larose, 1973, 243 pages ; p. 10, note 2. Cf. Cansou al suchet d’un courri d’azi, in-8°, Toulouse, 1828).

LECTOURE (Gers).
Lo carnaval es pròche
. (Le carnaval est proche.)
Lo jorn de dimarts gras
, (Le jour du mardi gras, )
Julherac, Julheraca, (Jullierac, femme Jullierac,)
L'ase que correrà... (L'âne courra... ) (source)

OS-MARSILLON (Pyrénées-Atlantiques). L'asoada d'Òs, Il était d'usage de faire monter sur un âne, la tête tournée vers la queue et de promener ainsi, par les rues, un mari qui s'était laissé battre par sa femme. Affaire en 1704, ceux qui avaient fait córrer l'ase ont été condamnés.(source).

L’âne a une grosse tête :  de là languedocien ase « très petit poisson  de rivière à la tête large et plate du genre des malacopterigiens ; chabot » (abbé de Sauvages) Il semble ne plus exister . Une attestation pour le Gard ase « lotte »

      cap d'ase   pè d'ase

Ase signifie également « têtard »(S). Le sabot de l’âne  ressemble aux feuilles du :cap d’ase « centaurée noire ou jacée » ou du pè d’ase « tussilage »               L’âne est une bête de somme : à Alès ase de ressaïre  « un banc à trois pieds sur lequel les scieurs de long élèvent et placent  horizontalement  leur bogue » L’âne doit travailler dur : pati coumo lous ases de la jhipieiro « souffrir comme les ânes des plâtrières » (S).

Enfin  à Toulouse, Foix et dans le Béarn il y avait l’expression farci l’ase « remplir la panse, manger copieusement », sémantiquement à partir de la notion "charger". De là , notamment dans le Gard et l’Hérault ase « gros boyau farci, estomac du porc, caecum du porc » à partir de la notion "sac à charger". Pour des raisons phonétiques et de répartition géographique il me semble peu probable que le verbe aïsiná " préparer" du latin adjacens soit à l'origine de ce mot, même si parci par là aïsiná devient asiná notamment dans le pays de Foix, Vicdesssos. Mais partout ailleurs c'est la forme ai- ou ey- qui domine. Dans la région de Foix on pourrait rattacher le mot ase dans l'expression farci l'ase à azinat "mets fait de choux et de pommes de terre' soupe" qui provient de l'étymon adjacens, contrairement à FEW 25,448b, mais certainement pas dans tout le domaine occitan.
Un visiteur m'a fait parvenir des témoignages du mot ase "gros boyau farci " à :
ROQUEBRUN (Hérault). Los manja ases, les mangeurs d'ânes. "On les accusait de tuer et de manger un âne pour la fête du village". Cette accusation vient de Cessenon (M. Roger Delher). Le suivant donne l’explication:
SAINT-JEAN-de-CORNIÈS (Hérault). Les habitants ont pour sobriquet Los manja l'ase, les mangeurs d'âne. L'ase, "l'âne" étant le foie du porc boucané ou un gros boyau farci. Et : SAINT-JEAN-de-MARUÉJOLS (Gard). Manja ase blanc, amateurs de boudin blanc. Rien à voir avec un âne albinos comme le croit André BERNARDY (Les sobriquets collectifs. Gard et pays de langue d'Oc. Anecdotes, dictons, légendes, Uzès, Ateliers Henri Péladan, 1962, 273 pages ; p.100).

L’abbé de Sauvages qui en 1756 a noté le dicton suivant : l’âsë dë la coumuno foughé toujhour mâou  ëmbastá.   « l’âne de la commune est toujours le plus mal bâté », ce qui donne à Valleraugue (30570) : Un asé omédjiorat es toudjour mal bostat. (omédjiorat est écrit amejairat par Alibert, et veut dire "qui est possédé par moitié")

MARGERIDE (Lozère). FORTUNIO. "Uèi matin "Fortuniò" a cargat l'ase... tranarà davant miègjorn (ce matin, Fortunio (point le plus élevé de la Margeride, 1552 m.) a mis son bonnet de nuages... il fera orage avant midi )

Aserau "érable". Etymologie. Dans l'Ouest du domaine occitan nous trouvons 4 dérivés du latin acer, aceris "érable" (avec un a long!)

  1. acer + -one : azerou dans l'Aude et l'Ariège
  2. acer + -olu : auzero(lo) e.a. dans le Hte Garonne, Pyrénées Atl., le Val d'Aure
  3. acer + -ale : auseral, aseral, ouzeral , e.a. dans le Tarn , le Périgord
  4. acer + -ottu : auderotch (Ariège), azerot, awderot (Val d'Aran).
    Le FEW explique les formes avec au- par influence du mot auzel "oiseau", parce que les fruits de l'érable sont ailés.

Nous pouvons y ajouter un cinquième type qui se trouve en français et en franco-provençal : acerabulus > érable qui a pénétré dans le domaine occitan tout en subissant toutes transformations imaginables, par exemple isérable (Drôme), alabre (Barcelonnette) agazabre (Lozère), dürable, darable (Puy-de-Dôme). Voir TLF pour les différentes propositions de l'étymologie du mot érable.
Certaines de ces formes montrent le besoin de motiver la forme des mots. L''érable fournit un bois compact, à texture fine, apprécié en menuiserie et en tournerie, ce qui donne dürable. Peut-être y a-t-il beaucoup d'érables dans l'Isère : isérable. Les feuilles de certaines espèces d'érables prennent une couleur rouge magnifique en automne, à tel point qu'on parle de l'été indien au Canada et dansle Vermont.

 

Aubarda "sorte de bât allongé" voir bardot.

Aufabrego, fabrego   „basilic“, un mot que le languedocien a emprunté au catalan alfabrega. Le mot arabe al -habaqa a été introduit probablement avec la plante en Espagne et au Portugal où la prononciation s'est adaptée aux habitudes locales : espagnol albahaca, catalan alfabrega, portugais alfavaca. Dans l'Aude et dans le Tarn il y eu une contamination par le mot baselic ce qui a donné alfasega. Littré mentionne dans son supplément fabrègue "basilic", mais je ne crois pas que ce mot a vraiment vécu dans la langue d'oïl.

En provençal existe également le mot fabrego, falabrego, farabrego mais qui signifie "micocoule"(M), qui selon Schuchardt (Z35,385), suivi du FEW, vient de faba graeca "micocoulier" attesté chez Pline. Je suis étonné qu'il n'y a apparemment aucun rapport entre ces deux fabrego... Voir aussi falabrego

Aura "vent" du latin aura "soufle, air, brise". Le massacre de la toponymie provençale par les géographes français conduit à de nombreuses appellations curieuses. Un visiteur me signale: "Enfin, il y a pire; près de Toulon, le « baou de l’aure » (le sommet du vent du nord) est devenu le Baou de l’Heure." (Source). Un autre visiteur me signale: dans la série des déformations, on a le chemin du Moulin de Laure à Alès et l'école du Moulin de Laure à Lançon de Provence. Le mot "molin de l'aura ", en territoire provençal n'est-il pas l'équivalent du "molin de vent" en Languedoc.

Le sens du mot aura s'est généralisé dans les langues romanes. En latin c'était surtout "une brise agréable et raffraichissante". En galloroman aure, aura désigne tous les vents possibles, de la brise à l'orage, et il fait le tour de la boussole suivant les régions. Suivant les attestations anciennes le mot a dû exister en langue d'oïl comme en langue d'oc, mais il a été concurrencé par le mot "vent" venant de la région parisienne et n'est plus vivant qu'en franco-provençal et dans l'est du domaine occitan, jusqu'à Trèves et Alzon dans le Gard, et en Lozère. Une autre aire se trouve en Wallonie. (voir la page Tablier pour une histoire analogue).

En occitan nous trouvons dès les plus anciens textes une série de dérivés d'aura avec le sens "fou": Que m vol aitals amors aurane (Que me veut une telle amour légère) Bertrand de Ventadour, (Raynouard I,p. 148); auria adj. avec le même sens. En languedocien moderne on trouve le sens littéral et figuré dans aurat "léger, évaporé; tête au vent, étourdi, imprudent". En ancien occitan, je trouve une forme quii fait très moderne aurania "légèreté, extravagance".
D'après le FEW, on peut retracer cette signification dès le latin classique. Par exemple chez Ovide aura veut dire "inconstance".

Une autre attestation se trouve dans une" tablette d'exécration" ou defixio. J'ai déjà parlé de ces tablettes à propos du mot fan. Je les trouve passionnantes, tellement loin du latin classique que j'ai appris au lycée, le latin d' Ovide, de Virgile et de Seneca, mais tellement proches des hommes et des femmes qui vivaient dans notre région il y a 20 siècles. Alors j'ai cherché le texte dont le FEW parle et je l'ai trouvé grâce à Gallica. Il s'agit d'un compte-rendu d'un livre de Maurice Jeanneret La langue des tablettes d'exécration latines. Thèse de Neuchâtel, 1918, par J.Jud dans Romania 45, p.500. Les tablettes ont été décrites par Auguste Audollent en 1904. Voici une partie du texte.

J.Jud discute l'interprétation de M.Jeanneret de auram patiatur et propose de le traduire par "souffrir d'un accès de folie".

Je n'ai pas pu m'empêcher de chercher d'autres defixiones et j'ai trouvé e.a.celui-ci :( Une idée intéressante pour ceux qui jouent au PMU)

CUIGEU

" Je t'adjure, démon, qui que tu sois, et je te demande à partir de cette heure, de ce jour et de ce moment, de crucifier et de tuer les chevaux des verts et des blancs, de tuer et de briser les cochers Clarus et Felix et Primulus et Romanus et de ne pas leur laisser la vie ; je t'adjure par celui qui t'a libéré aux temps des dieux de la mer et de l'air. IAÔ, IASDAÔ, OORIÔ, AÊIA. " (Source : Audollent 1904, n° 286)

Dessin du démon sur sa poitrine : "Antmo" ; au dessous :
Noctiuagus
Tiberis Oceanus

 

CENSEU
CINBEU
PERFLEU
DIARUNCO
DEASTA
BESCU
BEREBESCU
ARURA
BEZAGRA
Source : Michaël Martin .

J'ai pu télécharger le livre d'A.Audollent. Cette defixio vient de la Province Byzacène = La Byzacène, provincia Valeria Byzacena[124],actuelle Tunésie, n’est autre chose que l’ancienne regio d’Hadrumète, à laquelle on a officiellement donné son nom traditionnel. Comme on le voit d’après la liste des cités d’Afrique[125], la province de Byzacène ne dépassait pas au nord Orrœa Cœlia, qui est au fond du golfe de Hammâmet ; sa dernière ville au sud était Thenæ, et à l’ouest Ammædara, cité voisine de Tébessa ; c’est bien l’étendue que Pline donne à la Byzacène[126].

Une tablette d'exécration de l'oppidum de Montfo (Hérault). Pour la littérature internationale il vaut mieux chercher des defixiones ou tabellae defixionum.

Avisar "prendre garde à"; avisa! "attention". Dans les arènes camarguaises les spectateurs avertissent les raseteurs :Avise , le biòu! qui est aussi le titre d'un livre concernant la course camarguaise de René Domergue. L'étymologie : composé du préfixe a- et le verbe latin populaire * visare , latin classique visere , intensif de videre « voir », est la même que celle du français aviser.  L'occitan de la Camargue a développé le sens "conseiller" > "faire attention" > "prendre garde"  qui a pratiquement disparu dans la langue d'oïl.  Les autres sens donnés par Alibert sont identiques à ceux du français aviser.


Avise, le biòu!

Ayar "érable" voir ci-dessus agast

Audollent 1904 (DT) : A. Audollent, Defixionum tabellae quotquot innotuerunt tam in Graecis Orientis quam in totius occidentis partibus praeter Atticas in corpore inscriptionum Atticarum editas, Thèse de doctorat d’État, Paris, A. Fontemoing, 1904 ; rééd. Francfort, 1967.

Le spécialiste du basque, M.Morvan, m'écrit : "Que abotz et agotz soient apparentés en basque cela ne fait aucun doute (alternance b/g classique). En revanche il est plus difficile de les faire venir du latin apex "sommité", sans que ce soit impossible. Le passage du e latin à o basque n'est pas évident, mais ne me choquerait pas trop.

Jean-François BLADÉ, Poésies populaires de la Gascogne, Paris, Maisonneuve, 1881-1882, II.288-294. Cançon de Brenada.

Vastin LESPY, Dictons du pays de Béarn, rééd. par la lib. Limarc André Cadier, Bayonne, s.d. - la première éd., est de 1875 -, XVI + 285 pp. ; p. 121